L’entreprise, seul secteur producteur de richesse?

L’emprise capitaliste sur les sociétés a besoin d’une multitude de constructions idéologiques pour soutenir son emprise dans la tête des citoyens. Ces constructions forment globalement le libéralisme. Parmi elles, il en est une très puissante qui veut nous faire croire que seules les entreprises (privées bien sûr) sont créatrices de richesse[1].

Puisque seules les entreprises créent de la richesse, alors les deux autres acteurs qui composent le champ de la société, l’Etat d’une part, le “tiers secteur” d’autre part (ce dernier regroupant les acteurs de la solidarité), sont des parasites qui vivent aux crochets du seul secteur producteur de richesses, et il convient d’en limiter la taille. État minimum, et restrictions au plus près des activités associatives, dans toutes leurs dimensions, sociales, humanitaires, culturelles… Toutes considérées comme autant de dépenses inutiles faites aux frais des entreprises.

Mais que seraient les sociétés laissées au seul fonctionnement des marchés ? Une jungle sans pitié, un lieu de tous les conflits, de toutes les insécurités, de tous les abandons, un désert culturel… la marchandisation croissante du fonctionnement de nos sociétés laisse entrevoir cette vision[2] : l’argent, c’est-à-dire les phénomènes marchands, se sont introduits dans le sport, la recherche scientifique, l’éducation, la médecine, l’agriculture, les médias, les croyances… pervertissant les acteurs de sa puissance corrosive, augmentant la misère, la précarité, les inégalités, l’insécurité dans toutes ses dimensions.

Ne nous laissons pas tromper par ces idées : la société a besoin d’un Etat qui régule et tempère les effets destructeurs des marchés (des entreprises), ainsi que d’un secteur associatif qui prend en charge les douleurs, les faiblesses, les difficultés des êtres qui la composent, qui, d’ailleurs, sont souvent provoquées par les marchés.

La société civile, avec ses organisations citoyennes et d’économie sociales et solidaire, produit de l’équilibre social entre individus, entre groupes sociaux. Une société civile qui intervient là où ni l’Etat ni le marché ne peuvent ou ne veulent intervenir, créant du lien social, générateur d’équilibre social et politique.

La politique au sens noble, c’est la recherche permanente et complexe d’un équilibre entre ces trois forces, l’une qui fonctionne sur la redistribution (l’Etat), la seconde sur la demande  (le marché), et le troisième sur la solidarité et la réciprocité (le tiers secteur) que l’on peut construire une société harmonieuse, au travers de processus de décision participatifs à tous les niveaux de la société, du local au national.

Un magnifique défi contemporain… pragmatique et audacieux !

 

 

[1] Cette idée se décline sous de multiples formes: ce sont les patrons qui “donnent le travail” aux salariés; les salaires sont des charges très lourdes pour les entreprises ; tandis que l’on ne parle jamais des dividendes comme des dépenses insupportables pour les équilibres financiers des entreprises : les impôts empêchent l’initiative privée de se déployer pour créer des richesses, etc…

[2] Mais l’idéologie libérale vient d’inventer un nouveau gadget : le « social business », qui veut faire croire que l’on peut créer des entreprises rentables pour prendre en charge les fragilités sociales.

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