HDMM | n°1 | Une société idéale

     Depuis des millénaires, l’homme n’a cessé de rêver d’une société meilleure – une société exempte des maux qui affligent l’humanité. De nombreux philosophes et poètes ont décrit leur conception d’une société idéale, les premiers dans des traités religieux ou scientifiques, les seconds dans des œuvres d’imagination. La plus célèbre de ces dernières fut sans doute l’Utopia, de l’écrivain Sir Thomas More. Ce titre, formé à partir de deux mots grecs qui signifient « nulle part », est passé dans le langage courant : utopie désigne un projet dont la réalisation paraît impossible.

Thomas More naquit à Londres, en 1478. Tout en faisant de solides études de droit, il s’intéressa à d’autres sujets, dont notamment la littérature grecque. Ce fut sans doute ainsi qu’il fut amené à lire La République, où Platon exposait sa conception de l’État idéal.

Thomas More écrivit son Utopia au début de la Renaissance, vaste mouvement caractérisé par l’apparition d’une foule d’idées nouvelles qui s’élevaient contre les vieilles traditions d’Europe occidentale. Rédigé d’abord en latin, l’ouvrage parut en 1516.

Au cours du siècle précédent la Renaissance, d’importants changements s’étaient déjà produits en Grande-Bretagne. Grâce à son important élevage ovin, le pays fournissait alors une très grosse partie de la laine utilisée Rar les tisserands du continent européen. Peu à peu, cependant, l’Angleterre se mit à fabriquer elle-même des tissus, ce qui entraînait une augmentation énorme des besoins en laine. De ce fait, de nombreux propriétaires de terres transformèrent leurs champs en pâturages. Leurs métayers qui dépendaient entièrement, pour leur nourriture, de leur propre production en céréales et en légumes, se trouvèrent acculés à la famine. Afin de protester contre cette injustice (et contre beaucoup d’autres), Thomas More imagina un . dialogue entre lui-même et un marin du nom de Hythlodaye. Le marin évoque son séjour à Utopia, île fabuleuse dont les habitants ont su créer une société ignorant la faim, la tyrannie, l’exploitation de l’homme par l’homme. Mettant en parallèle les institutions d’Utopia et les conditions qui règnent alors en Angleterre, Hythlodaye dégage un certain nombre de maux que personne n’avait encore discernés.

La population d’Utopia n’était point divisée en plusieurs classes sociales. Tout le monde jouissait des mêmes droits. La propriété privée n’existait pas : aux yeux des Utopiens, la propriété privée suscitait la jalousie et la haine, les ambitions égoïstes et toutes sortes de trouble. Tout le monde portait les mêmes vêtements; personne n’avait le droit d’afficher une supériorité quelconque en portant des bijoux ou des vêtements plus beaux.

On n’admettait point l’existence d’une classe oisive. Chacun devait travailler. Toutefois, l’effort exigé n’avait rien d’excessif: la journée de sept heures était considérée comme suffisante. Personne n’avait le droit d’imposer ses opinions ou croyances à autrui, sauf par la libre discussion ; dans ce domaine, tout recours à la contrainte était sanctionné par le bannissement.

Les jeunes gens les plus doués étaient exemptés du travail manuel, afin de pouvoir se consacrer entièrement à des études qui allaient faire d’eux les sages, les penseurs de la communauté.

 

Dans la société idéale d’Utopia, le roi s’identifie avec son peuple. Les navires nationaux commercent librement avec les pays étrangers; chacun jouit des mêmes modestes plaisirs. Toutes les croyances et toutes les religions sont respectées, et tous les biens sont mis en commun.

 

source : “L’Homme dans le monde moderne” aux éditions Casterman, 1971.
Textes de M. ROTH et A. DERBAIX-MISONNE

 

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