HDMM | n°2 | La main-d’œuvre

     Tout homme a des besoins élémentaires et personnels qu’il s’efforce de satisfaire en fournissant par son travail des biens ou des services destinés soit à lui-même soit à la société dont il fait partie. En échange de ces biens ou services, la société lui verse un salaire approprié, selon la structure économique du pays.

     Toutefois, l’humanité dépend essentiellement de la nature, qui lui fournit la totalité des matières premières. C’est également à la nature que l’humanité est redevable de l’énergie indispensable à toute production, et, surtout, de la nourriture qu’elle consomme. Or, la nature n’est pas toujours généreuse : certaines régions sont recouvertes d’une mince couche de terre médiocre, d’autres sont complètement stériles; ailleurs, de vastes étendues disparaissent, pendant une grande partie de l’année, sous un linceul de neige et de glace. Parfois, la chaleur torride ou le froid rigoureux s’opposent à l’épanouissement normal de la vie; parfois, la pénurie ou la surabondance d’eau entraînent la formation de déserts ou de marécages, impropres à l’agriculture.

     Dans tous ces cas, les ressources naturelles sont extrêmement limitées, ou d’une exploitation difficile. Cependant, l’homme peut modifier cette situation, entièrement ou en partie, grâce à un effort intelligent et tenace. D’où dès le départ la nécessité d’un choix délicat : si l’homme tient à assurer sa subsistance, il est obligé de travailler, donc, de sacrifier le temps et l’énergie que, dans d’autres conditions, il pourrait consacrer aux distractions; s’il préfère l’oisiveté, il risque de végéter, au bord de la famine. On peut affirmer sans exagération que l’Histoire de la civilisation est celle des tentatives faites par l’humanité pour échapper autant que possible à la contrainte du travail. Il existe un certain nombre de méthodes qui permettent à l’homme de réduire son effort physique.

     La plus efficace de ces méthodes est sans doute la collaboration. Souvent, deux personnes travaillant ensemble obtiennent un résultat supérieur au double de ce que peut obtenir une personne seule. A condition d’organiser l’effort commun de manière à parvenir à un rendement idéal, de compléter l’habileté de l’un par les connaissances de l’autre et d’éviter que les deux travailleurs se gênent mutuellement.

     L’invention de l’outil constituait un progrès tout aussi important. Réduit à ses seuls muscles, l’homme ne pouvait guère espérer venir à bout des obstacles que la nature lui opposait. Le travail collectif et l’utilisation d’un outillage même élémentaire devaient permettre la construction des grandes yramides d’Égypte, de la Muraille de Chine, du vaste réseau routier dont les Ro~ains recouvrirent l’Europe occidentale. Bien qu’exécutés souvent par des esclaves, ces immenses travaux illustrent les énormes possibilités du travail organisé et soutenu par un minimum d’outillage.

     Par la suite, le perfectionnement constant des outils devait aboutir à la création des machines. Grâce à ce progrès, on construit aujourd’hui, en l’espace de deux ou trois ans, des ponts et des barrages dont l’édification aurait exigé autrefois un siècle; un ouvrier produit aujourd’hui, en une semaine, plus de tissus qu’une ville entière n’en aurait fabriqué, jadis, en une génération.

 

En haut : Tous les travailleurs, des manœuvres aux membres des professions libérales, contribuent à la vie de la société. Milieu : Une partie des revenus de chacun est consacrée aux services sociaux et à la défense du pays. En bas : le reste doit couvrir les dépenses indispensables et les distractions.

 

source : “L’Homme dans le monde moderne” aux éditions Casterman, 1971.
Textes de M. ROTH et A. DERBAIX-MISONNE

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