Histoire de Chants | N°2 | L’Hymne des Femmes

En 1970, lors d’une assemblée générale à la faculté de Vincennes, les femmes se font traiter de « mal baisées » par leurs camarades révolutionnaires. « A bas les souteneurs. On veut se libérer des libérateurs ! » répondront-elles. Rapidement, elles en feront une chanson, la première du MLF qui s’intitulera « Le pouvoir est au bout du phallus ».

 

Un soir de mars 1971, dans la même réactivité face au sexisme présent dans le mouvement de luttes, l’Hymne des femmes voit le jour. Ecrit collectivement, improvisé, comme nous l’explique Josée Contreras, l’une des autrices : « les réunions entre femmes du Mouvement étaient informelles, quotidiennes, et même pluriquotidiennes y assistait qui pouvait, qui voulait, qui s’intéressait au thème annoncé. La réunion qui se tenait ce soir-là chez Monique Wittig était destinée à préparer le rassemblement du 28 mars 1971 au Square d’Issy-les-Moulineaux, en mémoire et à l’honneur des femmes de la Commune de Paris. Une dizaine de femmes étaient présentes, dont plusieurs m’étaient alors inconnues. Je citerai, mais sans certitude, outre Monique Wittig, Hélène Rouch, Cathy Bernheim, Catherine Deudon, M.-J. Sinat, Gille Wittig, Antoinette Fouque, Josyane Chanel… »

La chanson d’abord intitulée « nous qui sommes sans passé les femmes… » deviendra l’Hymne du MLF, puis l’Hymne des femmes.

 

Les paroles

Écrite à plusieurs mains par des militantes féministes, le registre choisi ce soir-là pour cette chanson était la colère, la révolte et la dénonciation. Au fur et à mesure du temps et de son appropriation, il y a eu des ajouts de couplets et des modifications dans certains d’entre-deux.

 

La mélodie

L’air du « Chant des marais » aussi appelé « Chant des déportés » a été choisi pour cet hymne. C’est Josée Contreras, qui le propose en ignorant que c’était le Chant des marais. La musique a semblé à toutes facile à retenir. Elle précise, qu’à ce moment-là, elles savaient que c’était un chant de lutte, mais elles ne savaient pas forcément qu’elles étaient en train de détourner un chant si marqué historiquement et tragiquement. Biens qu’opprimées, loin d’elles l’idée de s’identifier aux résistants juifs et antinazis et aux défenseurs de la république espagnole, car le chant avait été repris aussi par les Brigades internationales.

 

Interprétations

La chanson fut interprétée pour la première fois à la première grande manifestation du MLF du 20 novembre 1971, appelée aussi la Marche internationale des femmes. Repris au cours de diverses manifestations féministes de cette période-là, l’Hymne du MLF voit ses paroles et sa partition (celle du Chant des marais) publiés dans un numéro du Torchon brûle de février 1972.
Depuis cette première manifestation et jusqu’aux plus récentes apparitions publiques des mouvements féministes, l’appropriation de l’Hymne des femmes amène de nombreuses variantes rythmiques et certaines partitions proposent aussi un air chanté pour les hommes.

 

Première version 

 

Adaptation par la compagnie Jolie Môme

 

Et bientôt la version des insoumi.se.s ! 

 

PAROLES

L’hymne des Femmes

Nous qui sommes sans passé, les femmes
Nous qui n’avons pas d’histoire
Depuis la nuit des temps, les femmes
Nous sommes le continent noir.

Refrain :
Levons-nous femmes esclaves
Et brisons nos entraves
Debout, debout, debout !

Asservies, humiliées, les femmes
Achetées, vendues, violées
Dans toutes les maisons, les femmes
Hors du monde reléguées.

Seules dans notre malheur, les femmes
L’une de l’autre ignorée
Ils nous ont divisées, les femmes
Et de nos soeurs séparées.

Le temps de la colère, les femmes
Notre temps, est arrivé
Connaissons notre force, les femmes
Découvrons-nous des milliers !

Reconnaissons-nous, les femmes
Parlons-nous, regardons-nous,
Ensemble, on nous opprime, les femmes
Ensemble, Révoltons-nous !

Dernier refrain :
Levons-nous femmes esclaves
Et jouissons sans entraves
Debout, debout, debout !

Envoyé par Sandrine LAVALLE

Sources :
http://www.pointsdaccroche.com/archive/la-la-la-les-feminismes-et-la-chanson/

4O ans de MLF en chansons
http://www.lehall.com/evenement/femmesenchansons/mlf/mlf_01.htm


1 Le Chant des Maais a été écrit en juillet-août 1933 par des Allemands internés dans l’un des premiers camps nazis: Börgermoor, Selon une coutume militaire, leurs gardiens exigeaient qu’ils chantent, notamment sur le chemin menant au marais qu’ils devaient assécher. Dans cette communauté de misère soudée par une forte cohésion, germa l’idée de créer un chant qui serait celui des bagnards du marais, pelletant et piochant sous la contrainte, tout en continuant à espérer…Hans Esser et Wolfgang Langhoff en écrivirent les paroles et Rudy Goguel la musique. Ils l’apprirent à d’autres internés qui l’interprétèrent un jour devant les quelques 1000 prisonniers du camp, qui en reprirent le refrain…

2 Le torchon brûle est le journal édité par le mouvement de libération des femmes entre mai 1971 et juin 1973.

1 réflexion au sujet de “Histoire de Chants | N°2 | L’Hymne des Femmes

  1. Je l’ai chantée dans les rues en 1971 j’en ai les paroles depuis cette date et régulièrement je la chante surtout ne jamais baisser la garde malgré le temps passé rien n’a changé alors oui “parlons-nous regardons-nous” ensemble on est toujours plus fort

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