Just’insoumise | n°4 | La jungle des labels

Depuis quelques années, les consommateurs n’ont plus confiance dans le secteur agroalimentaire. Comment leur en vouloir ? La transparence sur l’origine et la fabrication des produits alimentaires est plutôt opaque et les scandales alimentaires ont une fâcheuse tendance à se multiplier… Pour rassurer, tout un tas de labels ont été créés. Il y en a pour tous les goûts : pour la qualité supérieure, le terroir, le savoir-faire, l’agriculture biologique, le commerce équitable… Au point finalement, de ne pas bien réussir à les différencier les uns des autres. Éclaircissons tout ça !

 

© Etikable

 

Qu’est-ce qu’un label ? Il s’agit d’un moyen pour informer les consommateurs de la qualité des produits qu’ils achètent. Les aliments doivent répondre à un cahier des charges précis et spécifique. Ils peuvent être certifiés par un organisme public (national ou international) ou par des organismes indépendants.

Les labels de qualité, de terroir et/ou de savoir-faire

L’Europe a mis en place l’Appellation d’Origine Protégée (AOP) et l’Indication Géographique Protégée (IGP). Ces labels relient un produit à un terroir et à un savoir-faire précis. Pour l’AOP, la production et la transformation doivent avoir lieu dans une zone délimitée, mais pour l’IGP toutes les étapes de fabrication ne doivent pas obligatoirement être réalisées sur le territoire. Au niveau européen, il existe aussi la Spécialité Traditionnelle Garantie (STG) qui protège les recettes avec un mode de fabrication spécifique.

 

 

En France, le Label Rouge existe depuis 1960. Il garantit aux consommateurs des aliments de qualité supérieure avec des exigences de production et/ou de fabrication se distinguant par rapport aux conditions habituelles. Bleu-Blanc-Coeur est davantage attentif à la qualité de l’alimentation des animaux d’élevage (réintroduction du lin, de luzerne et du colza), tandis que Viandes de France certifie des conditions d’élevage respectueuses du bien-être animal et une traçabilité de la viande, du lieu de naissance jusqu’à la transformation et la distribution. Enfin, comme son cousin européen, le label Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) permet de relier un aliment à un terroir (uniquement français) ayant son propre savoir-faire.

 

Les labels du commerce équitable

 

La règle d’or du commerce équitable est “All that can be” (Tout ce qui peut être équitable dans un produit doit l’être). Il assure aux producteurs de bonnes conditions de travail, un prix juste, le respect de l’environnement… Différentes certifications existent : l’approche “produits” (contrôle de la production) et l’approche “organisation” (tous les acteurs, des producteurs aux distributeurs sont garantis “acteurs de commerce équitable”). Seul World Fair Trade Organisation (WFTO) garantit l’ensemble d’une filière. La fédération Artisans du Monde, et les associations locales, sont garantis “Organisations de Commerce Equitable”.

L’un des plus connus, et des plus présents dans les rayons, est Fairtrade / Max Havelaar. L’objectif de l’association est de permettre aux exploitations familiales des pays du Sud de pouvoir vivre décemment de leur travail. Pourtant, le label est aussi sujet à des critiques, car la certification ne concerne pas uniquement que les petits producteurs, mais aussi les grosses exploitations… De plus, suite à des accords avec des multinationales comme Nike, Zara ou Dagris, les conditions de travail des petits producteurs et/ou salariés se seraient nettement détériorées (travail des enfants, 18 heures de travail par jour…).

Le Symbole des Producteurs Paysans (SPP) est un label créé et géré par des producteurs, seules les petites exploitations familiales organisées en structures collectives (coopératives, associations de producteurs…) peuvent adhérer. Le label d’Ecocert (organisme certificateur), Equitables, Solidaires, Responsables (ESR) décourage les transports aériens, tandis que Bio Solidaire demande que 95% au minimum des produits soient issus de l’agriculture biologique et 25% du commerce équitable.

 

 

Les labels de l’agriculture biologique

 

Même pour les produits issus de l’agriculture biologique, les labels foisonnent. Les plus connus sont le label européen et sa déclinaison française : le label AB, mais ils ne sont ni les plus anciens, ni les plus exigent, au contraire ! Nature & Progrès a été créé en 1972, tandis que le label AB a vu le jour en 1985. Le label européen quant à lui n’a été mis au point qu’en 2010… A cette occasion, sous couvert d’harmoniser les critères de tous les Etats Membres, les critères français ont été revus à la baisse… Cela n’a pas dû être suffisant puisqu’en juin 2017, l’Europe a estimé qu’il avait trop de contrôle dans les exploitations certifiées, décidant ainsi de passer à une visite tous les deux ans à la place d’un suivi annuel…

Quelle est la différence entre un aliment issu de l’agriculture conventionnelle et un aliment « bio » ? Les engrais et produits phytosanitaires de synthèses sont interdits, tout comme les OGM. Une certaine tolérance est quand même accordée aux produits transformés : 5% d’ingrédients non-biologiques, dont 0,9% d’OGM…

Le marché de l’alimentation biologique en France se porte très bien, en 2016 il représentait 7 milliards d’euros. Mais clairement, tous les labels « bios » ne se valent pas… Une étude de l’EFSA (Autorité Européenne de Sécurité des Aliments) a montré que 15% des 5 000 produits biologiques testés contenaient des traces de fongicides, herbicides ou insecticides… contre 97% en conventionnel! Parfois ce sont les résidus de traitement des voisins, parfois ce sont des agriculteurs qui ne respectent pas la réglementation… Les labels officiels étant assez laxistes, les contrôles peu fréquents, sur rendez-vous et sans analyse des sols…

Bio cohérence ou Nature & Progrès vont plus loin. Le taux d’OGM ne doit pas excéder 0,1%, les agriculteurs ne peuvent pas avoir de cultures en conventionnel sur leur exploitation… De plus, la vente en grandes surfaces est interdite pour assurer un revenu juste et lutter contre l’intensification de l’agriculture biologique. Demeter est un label dédié à l’agriculture biodynamique, pour être certifiés, une grande attention sur le respect des plantes et du bien-être animal est nécessaire. L’exploitation doit produire 80% de l’alimentation des animaux, les cornes des vaches et les becs des poules ne sont pas coupés, des préparations biodynamiques sont utilisés à la place des traitements et des engrais, la mixité entre agriculture conventionnelle et biodynamique est interdite.

 

 

 

Enfin, j’aimerai aussi vous parler d’I-boycott. Régulièrement, des campagnes de boycott sont lancées sur leur plateforme, notamment contre Coca Cola, Starbuck, Petit Navire, Lactalis… et des alternatives sociales et solidaires sont proposées par les consommacteurs. Fort de son succès, l’association a lancé au début du mois de décembre son propre label Buycott, 100% citoyen et sans cahier des charges. Il est attribué à des entreprises, de l’agroalimentaire ou non, le plus souvent nommés par les participants sur leur site internet. Parmi les sociétés nominées pour l’année 2017 on peut trouver : Artisans du Monde, Alter Eco, Bjorg, 1083…

 

 

 

Pour en savoir plus :

 

Présentation des différents labels

http://www.bfmtv.com/sante/a-quel-label-alimentaire-se-fier-pour-faire-ses-courses-1306425.html

 

Les labels alimentaires

https://www.quelleenergie.fr/magazine/labels-qualite/labels-alimentaires-01759/

 

Les labels du commerce équitable

http://www.ethiquable.coop/page-rubrique-qui-sommes-nous/labels-commerce-equitable

 

Les labels de l’agriculture biologique

http://www.bioalaune.com/fr/actualite-bio/34029/grand-guide-des-labels-bio-en-france

 

Différences entre les labels de l’agriculture biologique

https://reporterre.net/Il-y-a-bio-et-bio-Voici-comment-s

 

Plateforme d’I-boycott

https://www.i-boycott.org/

 

 

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