Histoire de Chants | N°3 | La Butte Rouge

La Butte rouge est une chanson de Gaston MONTEHUS (1872-1952) sur une musique de Georges KRIER (1872-1946), écrite après la Première Guerre mondiale, en 1923.

Cette chanson antiguerre fait référence à la « butte Bapaume », un lieu-dit inhabité dans les environs de Berzieux (Marne), et à un sanglant épisode de 1917, le trop fameux chemin des dames, sur le front de Champagne, pendant la Première Guerre mondiale. Le chemin des dames, offensive des troupes françaises s’est déroulé entre le 16 avril et le 24 octobre 1917, et s’est soldé par 200 000 morts côté français, probablement autant voire plus du côté allemand.

Dans la même bataille-boucherie, on trouve celle du plateau de Craonne.

Avoir survécu aux trois premières années de la guerre, particulièrement meurtrières, être revenu vivant d’une offensive sur le plateau de Craonne, véritable boucherie organisée par le général Nivelle, puis être condamné à mort suite à une décision aussi barbare qu’imbécile de l’état-major français, tel fut le destin du Caporal Vincent Moulia… Cette histoire qui illustre parfaitement l’état d’esprit régnant sur le front en 1917 mérite d’être contée : les faits d’insoumission lors de cette année terrible furent si nombreux que personne n’a réussi à en dresser la liste… Un événement révélateur : le 27 mai 1917, le 18ème régiment d’infanterie qui a payé un lourd tribut à la tentative de reconquête du plateau de Craonne, caprice criminel du Général Nivelle, refuse de remonter une nouvelle fois au front alors que sa période de repos n’est pas terminée. L’incident est pris très au sérieux par l’état-major, d’autant qu’il n’est pas isolé, et la politique répressive décidée par le Général Pétain est appliquée à la lettre. On arrête, on juge sommairement, on envoie les rebelles au massacre dans les bataillons destinés aux attaques suicide, ou on fusille tout simplement quelques poilus tirés au sort.

« Sur cette butte là y’avait pas d’gigolettes Pas de marlous ni de beaux muscadins (…) C’qu’elle en a bu du beau sang cette terre, Sang d’ouvriers et sang de paysans»

Le contraste entre la valse lente de sa musique et les paroles est remarquable. Chanson du répertoire de Montéhus, il ne reste aujourd’hui qu’un enregistrement commercial d’époque chanté par Francis Marty.

Du fait d’une confusion entre la Butte rouge et la butte Montmartre, la chanson est souvent identifiée par erreur comme une chanson de la Commune de Paris : c’est ainsi qu’elle apparaît de façon anachronique dans le Van Gogh de Maurice Pialat.

 

 

L’auteur exprime ses sentiments au lendemain de la Grande Guerre

La butte est “Rouge” comme

  • Le sang, la mort, les martyrs
  • La vie, l’amour
  • Le vin, la joie, les fêtes viticoles
  • Le pantalon des soldats français

 

Elle a été reprise par de nombreux chanteurs ou groupes, dont :

  • Yves Montand, dans Chansons populaires de France (1955)
  • Marc Ogeret
  • Renaud, dans Le P’tit Bal du samedi soir et autres chansons réalistes
  • Les Motivés (Zebda)
  • Docteur Merlin
  • Leny Escudero dans Leny Escudero chante la liberté (1997)

 

 

Gaston Mardochée Brunswick dit Montéhus est un chansonnier français né dans le 10e arrondissement de Paris le 9 juillet 1872 et mort à Paris le 31 décembre 1952. Il est notamment l’auteur de Gloire au 17e, La Butte Rouge et La Jeune Garde. D’abord socialiste modéré, il évolue en 1906 vers un antimilitarisme radical proche du journal La Guerre Sociale avant de rejoindre l’Union sacrée en 1914. Dans les années 1930, il adhère à la SFIO.

Il est né dans une famille de la bourgeoisie juive parisienne (son père Abraham Brunswick est négociant).

Il commence à chanter en public à 12 ans, en 1884. Il publie sa première chanson (Au camarade du 153e) en 1897. Il adopte alors son pseudonyme, plus facile à porter que son nom dans un contexte de fort antisémitisme. Sa chanson Gloire au 17e, en l’honneur du régiment d’infanterie qui refusa de tirer sur une manifestation de vignerons à Béziers, le fait connaître en 1907.

 

 

 

La Butte Rouge – Paroles

 

Sur c’te butt’là y’avait pas d’gigolettes
Pas de marlous ni de beaux muscadins.
Ah ! C’était loin du Moulin d’la Galette,
Et de Panam’ qu’est le roi des pat’lins.
C’qu’elle en a bu du beau sang cette terre,
Sang d’ouvriers et sang de paysans,
Car les bandits qui sont cause des guerres
N’en meurent jamais, on n’tue qu’les innocents !
Refrain
La Butt’ Rouge, c’est son nom, l’baptême s’fit un matin
Où tous ceux qui montaient roulaient dans le ravin.
Aujourd’hui y’a des vignes, il y pousse du raisin.
Qui boira ce vin là, boira l’sang des copains.
Sur c’te butt’là on n’y f’sait pas la noce
Comme à Montmartr’ où l’champagne coul’ à flots;
Mais les pauvr’s gars qu’avaient laissé des gosses
Y f’saient entendre de terribles sanglots !
C’qu’elle en a bu des larmes cette terre,
Larm’s d’ouvriers, larmes de paysans,
Car les bandits qui sont cause des guerres
Ne pleurent jamais, car ce sont des tyrans !
Refrain
La Butt’ Rouge, c’est son nom, l’baptême s’fit un matin
Où tous ceux qui montaient roulaient dans le ravin.
Aujourd’hui y’a des vignes, il y pousse du raisin.
Qui boit de ce vin là, boit les larmes des copains
Sur c’te butt’là, on y r’fait des vendanges,
On y entend des cris et des chansons ;
Filles et gars doucement y échangent
Des mots d’amour qui donnent le frisson.
Peuvent-ils songer, dans leurs folles étreintes,
Qu’à cet endroit où s’échangent leurs baisers,
J’ai entendu la nuit monter des plaintes
Et j’y ai vu des gars au crâne brisé !
Refrain
La Butt’ Rouge, c’est son nom, l’baptême s’fit un matin
Où tous ceux qui montaient roulaient dans le ravin.
Aujourd’hui y’a des vignes, il y pousse du raisin.
Mais moi j’y vois des croix portant l’nom des copains !

 

Gigolette
Nom féminin, e
n argot : jeune maîtresse entretenue, fille de joie, prostituée. Plus ancien : jeune femme de petite vertu aux mœurs légères.

Marlou
sous la forme marle (marlou est vieilli dans cet emploi)] (Homme) rusé, malin, fort.
Synonyme : Mariolle
Aujourd’hui souteneur, voyou, proxénète.

Muscadin
Utilisé comme sobriquet, est un mot qui trouve son origine à Lyon au XVIIIe siècle, probablement dans la Fabrique de la soie, et qui a de nombreuses significations. Il se fraye un chemin vers Paris à l’occasion du siège de la capitale des Gaules en octobre 1793, mais n’entre dans le lexique national qu’après Thermidor pour désigner la jeunesse dorée qui se forme en bande sous la direction du journaliste Fréron. Le terme a longtemps désigné les commis des magasins lyonnais du commerce de la soie. Les muscadins sont des jeunes gens élégamment habillés, et parfumés au musc.

Le musc
Il y a quelques milliers d’années de cela, les hommes ont compris que le chevrotain développait une senteur particulière au moment de son rut. Dès lors, ils ont voulu s’approprier ce pouvoir d’attraction et ont ainsi découvert une glande de la taille d’une orange, logée dans l’abdomen de l’animal, contenant un liquide brunâtre. Ils tenaient entre leur main ce qui allait devenir la base d’un grand nombre de parfums et de remèdes, à savoir le musc. senteur boisée et animale

 

 

Par les Motivés

 

Par Marc OGERET

 

L’histoire de la Butte Rouge par Bertrand Dicale

 

Envoyé par Alex L. et Christine B.

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