HDMM | n°3 | Les besoins humains

L’homme travaille et produit pour assurer la satisfaction de ses propres besoins et de ceux d’autres individus. Par conséquent, plus la population d’un pays est nombreuse, plus les besoins nationaux devraient être considérables, donc également la production et la consommation nationales.

Or, il n’en est pas toujours ainsi. L’Indonésie compte à peu près deux fois plus d’habitants que la Grande-Bretagne, mais sa production est très inférieure à celle de nos voisins d’outre-Manche. Les États-Unis produisent et consomment infiniment plus que la Chine, bien que leur population représente tout juste le quart de celle du Céleste Empire. Bref, le nombre des habitants n’indique pas forcément le volume total de la production ou de la consommation.

C’est que les besoins varient d’un pays à l’autre. Le terme de « besoins » prend ici une signification particulière : il définit l’ensemble des biens indispensables au maintien du niveau de vie général, dans une communauté donnée. Pris dans ce sens, ces besoins sont fonction du degré de civilisation et de développement industriel auquel cette communauté est parvenue. Ainsi, le chasseur primitif de la forêt vierge n’a guère besoin de vêtements ni même d’une habitation permanente; en fait, ses besoins se limitent aux armes qui lui permettent de tuer du gibier. A l’opposé, un fonctionnaire vivant à Paris ou à Londres considérera un logement confortable, bien chauffé et convenablement meublé comme un minimum indispensable; en revanche, il se passera sans doute facilement d’armes de chasse.

Ce qui ne signifie nullement que les membres d’une communauté civilisée soient automatiquement des êtres supérieurs nés avec des besoins supérieurs. C’est l’industrialisation qui fait naître ces besoins – besoins spécifiques, inconnus auparavant.

Au départ, l’industrie exige un outillage et des machines plus complexes, ainsi que des sources d’énergie plus considérables, afin que les machines puissent tourner. Elle suppose ensuite un approvisionnement massif en matières premières, pour que les machines puissent être utilisées au maximum de leur capacité. Le rendement satisfaisant de l’industrie se traduit par une augmentation de la production de la communauté et, par conséquent, un accroissement de la fortune nationale. De nombreuses personnes vont s’enrichir, ce qui leur permettra de dépenser davantage. Finalement, tous les habitants s’habitueront à un niveau de vie plus élevé : ce qui, autrefois, était considéré comme un luxe devient une nécessité élémentaire.

L’accroissement de la production n’explique pas à lui seul l’accroissement des besoins; il y a également le fait Clue tout bien nouvellement acquis augmente les besoins de son propriétaire. Prenons l’exemple de l’homme qui souhaite posséder une voiture : ses besoins ne seront nullement satisfaits le jour où il aura pu acheter une auto, car celle-ci va immédiatement faire naître une succession d’autres besoins. L’auto-mobiliste de fraîche date aura besoin d’un garage, des services d’un mécanicien, d’une compagnie d’assurances; bien entendu, il lui faudra de l’essence et de l’huile, sans parler de certains perfectionnements et dispositifs dont, tôt ou tard, il aura envie.

 

Les besoins des individus varient largement, selon le pays où ils vivent, et selon leur degré de cioilisation. En haut: Dans les régions primitives, les habitations et les moyens de transport sont d’une simplicité élémentaire. Les besoins sont réduits à /1/1 strict minimum. En bas: Dans les communautés plus évoluées, le niveau de vie très élevé se traduit par la demande continuelle : installations ménagères, voitures, appareils de radio et de télévision sont devenus indispensables.

 

source : “L’Homme dans le monde moderne” aux éditions Casterman, 1971.
Textes de M. ROTH et A. DERBAIX-MISONNE

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