Just’insoumise | n°5 | Protéines animales VS protéines végétales

La cuisine traditionnelle française est particulièrement riche en protéines carnées : des paupiettes de veau au bœuf bourguignon en passant par le foie gras, nous mangeons presque tous les animaux et à toutes les sauces. Pourtant, manger trop de viande nuirait à la santé et à l’environnement…     L’ONG Greenpeace a publié en décembre 2017 une étude sur la quantité des protéines animales contenues dans les cantines. Il semblerait qu’elles soient “entre deux et quatre fois supérieures aux recommandations » de l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail). Celles-ci sont basées sur une étude de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) de 2015 et préconisent de ne pas manger plus de 70 grammes de viande par jour.

 

Et dans notre circonscription, que mangent les enfants ?

 

Le Ministre de la Transition écologique, Nicolas HULOT, souhaiterait instaurer au moins un repas végétarien par semaine dans les cantines. En Auvergne-Rhône-Alpes, quelques villes ont déjà commencé à en proposer dans les écoles, une à deux fois par semaine, comme Grenoble ou Saint Etienne. Et chez nous? A Romans, Bourg-de-Péage ou encore Saint Vallier, les cantines ne serviront aux enfants que deux repas végétariens au cours du mois de janvier…

 

 

C’est quoi au juste une protéine? Avec les glucides et les lipides, les protéines font partie des nutriments nécessaires au bon développement de l’organisme. Elles sont composées d’acides aminés et ont différentes fonctions (enzymes, hormones, anticorps, structure de la cellule…).

               Les élevages intensifs ont commencé à émerger dans les années 50 et des fermes-usines continuent à se développer comme c’est de le cas des fermes des mille vaches, des mille veaux ou encore des 250 000 poules… Et les industries agro-alimentaires ne sont pas en reste pour nous fournir en quantité de la viande de mauvaise qualité. Les documentaires Elevage intensif, attention danger ! de Frédérique MERGEY ou Germes tueurs : le fléau de l’élevage intensif de Frank BOWINKELMANN et Valentin THUR mettent en lumière les risques auxquels nous exposent ce système productiviste.

 

    En 2015, les animaux sont reconnus par l’Assemblée Nationale comme des « êtres vivants doués de sensibilité », pourtant, le Bien-Être Animal (BEA) n’est pas toujours respecté… L’association L214, qui défend les droits des animaux, met en lumière régulièrement des conditions d’élevage et d’abattage déplorables. La consommation de viande aurait également un impact sur notre santé. Toujours en 2015, la charcuterie a été classée comme « cancérigène pour l’homme », la viande rouge et de porc « probablement cancérigène » par le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) et l’OMS. Elle pourrait donc augmenter les risques de cancers (sein, estomac, intestin, pancréas…), mais aussi favoriser l’obésité, les maladies cardiovasculaires et le diabète de type 2.

 

www.laviande.fr

 

L’impact sur la planète n’est pas sans conséquence. Pour fournir de la viande à l’ensemble de la planète il faut de la place, beaucoup de place : 75% des cultures mondiales servent à l’alimentation des élevages et ça ne suffit pas… pour augmenter les surfaces de pâturages et de productions (essentiellement du soja) des forêts sont rasées. Au Brésil, l’élevage est responsable de 63% de la déforestation ! La production de gaz à effet de serre (méthane, dioxyde de carbone, protoxyde d’azote) n’est pas négligeable non plus : elle représente 14,5% des émissions mondiales ! Enfin, en plus d’avoir des besoins colossaux d’eau, l’élevage est à l’origine de rejets (nitrates, phosphores et antibiotiques en tous genres) provoquant des déséquilibres environnementaux (algues vertes en Bretagne).

 

 

Pour inciter à une consommation moindre de protéines carnées, le réseau FAIRR (Analyse du risque financier de l’élevage) a proposé, dans son rapport du 12 décembre 2017, la mise en place d’une « taxe comportementale ». Une étude de l’université d’Oxford estime que d’ici 2050, il serait possible d’économiser 1 600 milliards de dollars sur les frais de santé et environnementaux si la viande était exclue de nos assiettes.

 

Par quoi remplacer la viande ?

 

Les protéines végétales se trouvent dans les légumes (brocolis, ail, épinard), les légumineuses (lentilles, haricots, pois chiches), les céréales (quinoa, maïs, seigle) ou encore dans les noix, les amandes. Les aliments ayant la plus grande teneur sont : la spiruline (57 g pour 100g), le soja (38g) et les graines de courge (30g). A noter qu’il est préférable d’acheter du soja bio afin d’esquiver les OGM et ne consommer qu’un produit par jour.

 

 

Actuellement les protéines végétales ne représentent que 35% des protéines consommées, mais les ventes entre 2013 et 2017 ont augmenté de manière significative : +83% pour les boissons végétales, +23% pour les semoules et céréales et +17% pour les légumes secs.

 

En novembre 2017, une étude d’échantillon de 20 000 ménages de Kantar Worldpanel a montré qu’un tiers des français était flexitarien, que 2% des foyers comprenaient au moins un végétarien et 0,5% au moins un végétalien.

Fort heureusement, les choses changent : une nouvelle espèce de mangeurs est en train d’émerger : les flexitariens. Qu’est-ce donc ? Ce sont des consommateurs limitant les aliments issus des animaux (viande, poisson, œuf, fromages…) dans leur assiette. Il n’y a pas encore de critères déterminés avec un nombre de repas ou une quantité de protéines carnées « tolérés » par semaine. Il est tout à fait possible de modifier son régime alimentaire… ça pourrait même être une bonne résolution pour l’année qui commence !

 

 

 

Pour en savoir plus :

 

Surconsommation de viande dans les cantines

https://www.lci.fr/societe/apports-en-proteines-demesures-pour-greenpeace-les-ecoliers-mangent-trop-de-viande-a-la-cantine-boeuf-poulet-porc-2072401.html  

 

Menus des cantines de janvier 2018 (Romans, Bourg-de-Péage et Saint Vallier)

https://www.ville-romans.fr/application/files/3915/1488/1497/Menu_cantine_scolaire_janvier_2018.pdf

http://www.bourgdepeage.com/documents/Documents/Des-services-a-mon-service/vie_scolaire/2018_janvfev_menus.pdf

http://www.mairie-saintvallier.fr/download/EN_UN_CLIC/RESTAURATION_MUNICIPALE/SCOLAIRE/saint-vallier_janv-fev_2018_v2.pdf

 

Quelques chiffres sur la production de la viande

https://mrmondialisation.org/datagueule-sattaque-a-notre-morceau-de-viande

 

Quelques critères de Bien-Être Animal

https://www.ciwf.fr/animaux-de-ferme/quest-ce-que-le-bien-etre-animal

 

Consommation de viande et impact sur la santé

https://www.consoglobe.com/consommation-de-viande-et-sante-cg

 

Impacts environnementaux de l’élevage

https://www.greenpeace.fr/elevage

 

Proposition d’une taxe pour la viande

https://reporterre.net/Des-investisseurs-anglais-proposent-de-taxer-la-viande-en-faveur-du-climat

 

Où trouver les protéines végétales

https://www.vegetarisme.fr/comment-devenir-vegetarien/alimentation-equilibree/proteine-vegetale

 

Les flexitariens en France

http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/12/01/un-tiers-des-menages-francais-sont-flexitariens-2-sont-vegetariens_5223312_3244.html

 

19 réflexions au sujet de “Just’insoumise | n°5 | Protéines animales VS protéines végétales

  1. Chouette ton travail, Justine !
    Je suis heureuse de constater qu’il reste une insoumise dans le forum (déserté depuis le 25/12…)
    Bonne année en tout cas et à bientôt j’espère !

  2. anny Leita

    Bien concernée par tout cet article,
    Merci A bientôt
    Quand les humains arrêterons t ils de faire souffrir
    les animaux………………………………………………………………..

  3. « Toutes proportions gardées ! »
    Une pilule de spiruline contient généralement 500mg spiruline (la plus grande teneur en protéines végétales de l’article) soit 0,285g de protéines végétales. L’apport nécessaire par jour pour un adulte est de 0,83g/kg, soit dans mon cas un besoin de 58g de protéines ce qui représenterait 203 pilules de spiruline à consommer par jour. Cela pourrait correspondre aussi à 2,5 kg de riz blanc cuit à manger par jour pour couvrir mon besoin en protéine. Je ne pense pas y parvenir. S’ajoute à cela le fait que les protéines animales sont très digestibles et ont des teneurs élevées en acides aminés indispensables avec un profil assez voisin de celui des besoins de l’Homme. Aussi, pour toutes les raisons invoquées dans l’article, je vais manger moins de viande, mais surtout continuer de manger de façon équilibrée, c’est à dire un peu de tout en y prenant beaucoup de plaisir.
    J’aurais juste une question : quelqu’un connait-il les frontières qui séparent le monde animal du monde végétal. Je crois bien qu’en l’état des connaissances, il y en a de moins en moins et l’opposition entre ces deux mondes aura bientôt plus de raison d’être.
    Dans tous les cas un grand merci à ceux qui font vivre le site en rédigeant des articles.

    • Tu as parfaitement raison, le plus important c’est d’avoir une alimentation équilibrée. Non seulement un repas ne comprenant que des pilules de spiruline serait assez triste, mais en plus il n’apporterait pas les autres nutriments nécessaires au bon fonctionnement du corps (lipides, glucides, fibres, vitamines etc.) ! Les protéines végétales sont présentes dans la plupart des aliments quotidiens, mais les 9 acides aminés essentiels n’y sont pas présents en même temps (sauf pour le soja il me semble) et sont plus difficilement assimilables par l’organisme. Le flexitarisme me parait être une évolution nécessaire : manger moins de viande, mais de bonne qualité (si possible AB et respectant le BEA) tout en préservant davantage la planète ! 🙂

      Pour ta question, je suppose que tu parles de la sensibilité des végétaux? Je ne dis pas que les plantes n’ont pas de conscience ou de sens au contraire, des documentaires comme “Il était une forêt” de Luc Jacquet” ou L”intelligence des arbres” de Julia DORDEL & Guido TOLKE, mettent en évidence leur capacité d’adaptation et leur moyen de communication. Néanmoins j’ai passé plusieurs années à étudier l’agriculture (chimique et biologique) et les végétaux… le système nerveux et donc, leur réaction à la douleur, n’a toujours pas été trouvé. Personnellement, je suis plus sensible à l’abattage d’un veau, qu’à l’épluchage et découpage de mes carottes par exemple, mais ça n’engage que moi ^^.

      Merci pour ton commentaire !

  4. J’oubliais juste ! un petit bifteck grillé de 100g couvre la moitié de mon besoin en protéines, des protéines riches en acides aminés essentiels (de la bonne catégorie).
    Pas loin derrière, on trouve le poisson, les oeufs, les fruits de mer …
    Alors pour moi ce sera : légumes en entrée, céréales en accompagnement et fruits en désert
    😉

  5. Joli article Justine ! D’autant plus qu’on en a vraiment besoin : vous avez une idée pour que l’administration du lycée Triboulet de Romans accepte enfin un repas végétarien par semaine au self, alors que tant d’établissements ont déjà franchi le pas ?! 🙁

    Merci en tous cas, merci et ignorez les rares remarques un peu désobligeantes à mon goût : vous faites un super travail : pour m’informer je peux aujourd’hui lire le formidable site de la 4e circo et regarder le fantastique 20h du Médias chaque soir.
    On est trop forts non ? Vous avez vu comme on a avancé, comme on s’est développé ? Allez, vite, 2018 l’insoumise 😀

  6. Tim, ma remarque n’a absolument rien de désobligeant. Tu fais allusion au Médias qui souhaite donner une information exacte, alors juste, je souhaitais tempérer un peu les propos de l’article, car il est difficilement possible (mais pas impossible) d’arriver à satisfaire nos besoins journaliers en protéines sans faire appel “aussi” aux protéines animales. Cela ne m’empêche pas de penser qu’il est urgent que nous mangions moins de viande, notamment dans nos cantines.

  7. Merci Justine pour ta réponse à ma remarque. Elle me permet de revenir sur ce qui nous intéresse : les repas des enfants et des ados au self ou à la cantine.
    La question des protéines et des acides aminés illustre parfaitement la difficulté de proposer aux enfants un menu qui puisse à la fois satisfaire leurs besoins essentiels et leur donner envie de manger. En effet, c’est compliqué de construire une alimentation journalière équilibrée pour des enfants et des ados alors qu’on intervient que sur un seul de leurs repas et quand on ne sait pas ce qu’ils mangent le matin et le soir. De même, quand on voit la quantité d’aliments jetés, souvent à peine touchés par les enfants, qui vont grossir le chiffre des déchets alimentaires, on doit aussi s’assurer que les enfants auront envie de manger les aliments qu’on leur propose. Alors, je m’interroge sur l’idée d’un repas végétarien une fois par semaine, et je suis plutôt partisan d’un passage en douceur vers une alimentation toujours moins carnée et pour un changement progressif de nos habitudes alimentaires.

    Et merci, pour ton début de réponse concernant la frontière entre le monde végétal et animal. Cette interrogation m’est venue à l’esprit en m’intéressant au monde des coraux, des algues et des planctons. Aussi ma question n’était pas d’ordre morale ou émotionnel, mais portait sur l’indivisibilité du monde vivant.

  8. Je suis tout ébaubi par la qualité , servie par l’élégance de sa mise en forme numérique , du “mets” intellectuel que nous sert Justine et je m’associe donc avec enthousiasme
    au concert de louanges et de remerciements qui salue ici son travail . Quelques années en arrière , j’ avais l’impression de prêcher dans le désert quand j’ essayais , plutôt par la parole , de suggérer qu ‘ il serait tout aussi important de s’intéresser à notre régime alimentaire , trop carné , qu’ aux modes de transport , à carburant fossile , pour lutter contre le réchauffement climatique . Et voilà : on regarde ici l’infographie intitulée ” Luttons contre la pollution ” … et tout est dit ! Bravo !
    Une autre infographie plus éloquente qu’un discours , celle sur le “besoin en eau des aliments” , suscite chez moi une idée : Quand on voit l’ hyperavidité en eau de l’ élevage du bœuf , ne devrait-on pas focaliser sur cet élevage particulièrement néfaste toute campagne d’incitation “flexitarienne ” ? C’est cet élevage-là qu’il faudrait prioritairement ramener au pré et interdire de concentration en batteries industrielles , comme l’ a d’ailleurs évoqué Mélenchon pendant sa campagne !
    Quant au cochon , trois fois moins assoiffé , mais lui aussi victime des méthodes barbares de l’agro-industrie ( caillebotis ) , il pourrait être plus souvent substitué au bœuf
    dans la période de transition , à condition toutefois de toujours préserver , en restauration collective , une possible substitution légumière/céréalière pour celles et ceux dont
    les convictions culturelles ou/et religieuses leur font rejeter cette chair-là . ( Occasion d’aller plus vite dans le délaissement des protéines animales … ) .

    Retour , pour finir , sur l’ infographie “Luttons contre la pollution ” et sa ligne associant ” chauffage et électricité ” pour 25% de nos émissions de gaz à effet de serre . ”
    Une suggestion à notre si bien inspirée documentariste Justine : pourrait-elle , un jour , faire apparaître la part d’électricité consommée qui relève de nos consommations numériques et du système qui les permet ?
    Sur ce sujet du numérique et de son emprise grandissante sur nos vies et notre avenir , je me permets de faire ici la pub d’un méchant petit livre qui ne coûte que 6 euros :
    ” L’homme nu . La dictature invisible du numérique ” , de Marc Dugain et Christophe Labbé , éd. Pocket , 2017 . Lisez : vous ne serez pas déçu/es du voyage au pays des GAFA !

  9. Isabelle P. :”Dans les cantines qui ont un aliment bio par jour et un repas végétarien par semaine, il y a Peyrins depuis 10 ou 12 ans.”

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