Histoire de Chants | N°4 | Le Déserteur

Le Déserteur est une chanson écrite par Boris Vian en février 1951, composée avec Harold B. Berg et enregistrée dans sa forme définitive l’année suivante. Son antimilitarisme a provoqué beaucoup de polémiques.

À l’origine, il s’agit d’un poème dont la première interprétation a été diffusée en mai 1954, par Mouloudji dans la version pacifiste.

À l’exception de Mouloudji, tous les artistes sollicités s’étant désistés lors de sa première édition. Mouloudji a d’abord demandé à Boris Vian de modifier certaines paroles, parce qu’il souhaitait un propos plus large. Ainsi, « Monsieur le Président » est remplacé par « Messieurs qu’on nomme grands » ; « ma décision est prise, je m’en vais déserter » est remplacé par « les guerres sont des bêtises, le monde en a assez », etc. De plus, Mouloudji n’imagine pas un pacifiste ayant un fusil. En effet, la chute initiale prévoyait que « Si vous me poursuivez, prévenez vos gendarmes Que je tiendrai une arme et que je sais tirer ».

« Il est gêné par cette chute, par cet homme qui s’apprête à tuer pour ne pas aller à la guerre. La fin est contradictoire. Ensemble, Boris et Mouloudji composent le dernier quatrain : Si vous me poursuivez, Prévenez vos gendarmes, Que je n’aurai pas d’armes, Et qu’ils pourront tirer »

Le 14 mai 1954 Mouloudji enregistre la version pacifiste de la chanson sur un disque 78 tours de marque Philips.

En avril 1955, la chanson est enregistrée par Boris Vian au format 45 tours avec ses paroles définitives sur un disque intitulé Chansons impossibles, avec Les Joyeux Bouchers, Le petit Commerce et La Java des bombes atomiques. Quelques semaines plus tard, ce 45 T est réuni avec celui intitulé Chansons possibles pour former un 33 tours, signe d’une certaine reconnaissance. Toutefois les ventes de ces disques ne sont estimées initialement qu’à moins de 500 exemplaires. Philips ne procède par la suite à aucun retirage, sans doute en raison de la réputation sulfureuse de Boris Vian liée à sa chanson Le Déserteur. Des copies illégales circulent donc rapidement.

 

 

Boris Vian a publié sa chanson en 1954 à la fin de la guerre d’Indochine (1946-1954) alors que la contre-offensive française face aux troupes du général Võ Nguyên Giáp conduit à la défaite française de Diên Biên Phu où 1500 soldats français sont tués. Pierre Mendès France doit ouvrir des négociations qui conduisent aux accords de Genève, signés le 21 juillet 1954. Le Vietnam, le Laos et le Cambodge deviennent indépendants. Puis en novembre 1954, la Toussaint rouge marque le début de la guerre d’Algérie (1954-1962)

« Censuré Le Déserteur ? En un sens. Sur les listes des programmes de variété des émissions figure le tampon du bannissement. Mais purement à titre préventif : peu de programmateurs auraient songé à diffuser la chanson. C’est d’abord une censure par l’omission ou l’indifférence» La véritable censure va tomber en 1958 en pleine guerre d’Algérie. Boris ne chante d’ailleurs plus, il laisse Mouloudji et Serge Reggiani défendre la chanson pendant les guerres françaises et pendant les guerres américaines, ce sera Joan Baez. Mais ce n’était plus la peine, la chanson était déjà boycottée par les radios et les maisons de disque.

En 1967, Jean Ferrat enregistre Pauvre Boris (album Maria). La chanson se veut un hommage à l’auteur du Déserteur et ironise sur le fait que sa chanson hier honnie, est aujourd’hui un tube lorsqu’elle est chantée par Richard Anthony :

« […] l’autre jour on a bien ri
Il paraît que Le déserteur
Est un des grands succès de l’heure
Quand c’est chanté par Anthony
[…]
Voilà quinze ans qu’en Indochine
La France se déshonorait
Et l’on te traitait de vermine
De dire que tu n’irais jamais
Si tu les vois sur leurs guitares
Ajuster tes petits couplets
Avec quinze années de retard
Ce que tu dois en rigoler
Pauvre Boris »

(Texte Jean Ferrat, extrait)

 

 

Biographie de Boris Vian

Écrivain français, poète, parolier, critique et musicien de jazz | 1920-1959

Boris Vian naît à Ville-d’Avray dans les Hauts-de-Seine. Victime d’un rhumatisme articulaire aigu à l’âge de 12 ans, il en garde une insuffisance aortique et le désir de vivre intensément chaque instant. Après avoir obtenu son baccalauréat en philosophie, avec option mathématiques, il suit les classes préparatoires aux grandes écoles scientifiques au lycée Condorcet.

Boris Vian entre à l’École centrale de Paris en 1939. A l’issue de ses études, il travaille, jusqu’en 1946, comme ingénieur à l’AFNOR (Association française de normalisation). Durant ses loisirs, il écrit et joue de la musique de jazz tout en fréquentant les cafés de Saint-Germain-des-Prés.

Boris Vian publie des romans, noirs et sarcastiques, qui lui permettent de vivre, sous le pseudonyme de Vernon Sullivan. Le plus célèbre et controversé est “J’irai cracher sur vos tombes”, écrit en 1946 qui traite du racisme, de la violence et de la sexualité. Les œuvres écrites sous son vrai nom rencontrent moins de succès, bien que Boris Vian les considère comme plus importantes sur le plan littéraire. L’échec de “L’Arrache-cœur” le convainc d’abandonner la littérature.

Boris Vian est un passionné de jazz et joue de la trompette de poche dans un club de Saint-Germain-des-Prés. Il est également directeur artistique chez Philips et chroniqueur dans Jazz Hot. Il s’intéresse à la “Pataphysique” sous l’influence d’Alfred Jarry (1873-1907). Après son divorce, il vit difficilement de traductions et habite une chambre de bonne avant de se remarier en 1954.

Boris Vian compose aussi de nombreuses chansons notamment pour Serge Reggiani ou Juliette Gréco, écrit des nouvelles, des pièces de théâtre ou des poèmes. Il s’essaie au théâtre et joue dans quelques films.

Boris Vian meurt d’une crise cardiaque en assistant à la première du film inspiré de son roman “J’irai cracher sur vos tombes”. Il laisse derrière lui une œuvre très variée, sombre, restée à ce jour inimitable, où s’exprime le caractère désespéré de l’existence humaine.

Principales oeuvres :   

  • Les Cent sonnets (1941-1944),
  • J’irai cracher sur vos     tombes (1946, roman),
  • L’écume des jours (1947, roman),
  • Cantilènes en gelée (1950),
  • L’herbe rouge (1950),
  • Vercoquin et le Plancton (1946, roman),
  • l’Automne à Pékin     (1947),
  • Les morts ont tous la même peau (1948, roman),
  • Et on tuera tous les affreux (1948, roman),
  • Elles se rendent pas compte (1950, roman),
  • Le Déserteur (1954, chanson).

 

Paroles de la chanson Le Déserteur par Boris Vian

Monsieur le président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps.

Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir.

Monsieur le président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer de pauvres gens.

C’est pas pour vous fâcher,
Il faut que je vous dise,
Ma décision est prise,
Je m’en vais déserter.

Depuis que je suis né,
J’ai vu mourir mon père,
J’ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants.

Ma mère a tant souffert
Qu’elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers.

Quand j’étais prisonnier,
On m’a volé ma femme,
On m’a volé mon âme,
Et tout mon cher passé.

Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes,
J’irai sur les chemins.

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France,
De Bretagne en Provence
Et je crierai aux gens:
«Refusez d’obéir,
Refusez de la faire,
Je mendierai ma vie
Sur les routes de France,
De Bretagne en Provence
Et je crierai aux gens:
«Refusez d’obéir,
Refusez de la faire,
N’allez pas à la guerre,
Refusez de partir.»

S’il faut donner son sang,
Allez donner le vôtre,
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le président.

Si vous me poursuivez,
Prévenez vos gendarmes
Que je n’aurai pas d’armes
Et qu’ils pourront tirer.

Sources : wikipedia/ toupie.org
Envoyé par Jeanne-Marie

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.