NDDL après l’abandon du projet d’aéroport

Beaucoup de français – une majorité selon un sondage – disent que les zadistes doivent quitter le site maintenant que le projet d’aéroport est abandonné. « Il faut qu’ils partent », ne cessent de réclamer les partisans du transfert, notamment le président de la région (LR), celui du conseil départemental et la maire de Nantes (PS), évoquant le résultat de la consultation locale qui, en juin 2016, donna le oui majoritaire au nouvel aéroport. Les notables locaux, les dirigeants des précédents gouvernements, premiers ministres en tête, digèrent mal l’abandon et prônent une expulsion par la force de ce qu’ils désignent comme une « zone de non-droit »: il faut rétablir l’ordre républicain, quelles qu’en soient les conséquences, et certains envisagent froidement qu’il puisse y avoir des morts ! Et tous redoutent que cette « reculade » encourage la contestation des nombreux projets qui, comme celui de NDDL, participent au réchauffement climatique, ravagent les écosystèmes et bétonnent toujours plus les terres agricoles…

Le 15 janvier, G. Collomb propose la solution de la négociation avec les zadistes, mais les éléments les plus « radicaux » seraient évacués,ou amenés à partir d’eux-mêmes. Il distingue donc des « bons » et des « mauvais » zadistes.

Dans le Communiqué commun du mouvement anti-aéroport, suite à la décision du gouvernement du 17 janvier 2018, les signataireres ,après avoir salué une victoire historique face à un projet d’aménagement destructeur, revendiquent, en ce qui concerne la Zad :

  • La nécessité pour les paysan.ne.s et habitant.e.s expropriés de pouvoir recouvrir pleinement leurs droits au plus vite.
  • Le refus de toute expulsion de celles et ceux qui sont venus habiter ces dernières années dans le bocage pour le défendre et qui souhaitent continuer à y vivre ainsi qu’à en prendre soin.

Ces exigences paraissent démesurées, déraisonnables pour certains: l’essentiel était l’abandon du projet, c(est fait, ils.elles doivent partir, ils.elles ont occupé illégalement des terres, celles-ci doivent être rendues à leurs propriétaires, droit de propriété…

Ces terres appartiennent maintenant majoritairement à l’Etat, propriété qui résulte de l’expropriation des agriculteurs qui les cultivaient, à l’exception de quelques uns qui ont refusé de partir et qui sont les premiers opposants au transfert de l’aéroport.

Larzac(1) et NDDL : Dans Le Monde du 18/01, C. Clément voit des similitudes. Dans les 2 cas, 1) la résistance s’organise à partir du refus de paysans à qui l’Etat veut prendre leur terre, à « des paysans qui ne défendent pas tant leur propriété que le fait de pouvoir la cultiver » 2) une résistance qui prend de l’ampleur et qui s’élargit, dans le cas de NDDL aux altermondialistes et aux anticapitalistes.

Les zadistes sont d’origine très diverses, appartiennent à des groupes distincts qui ont chacun créé leur lieu de vie selon leurs motivations mais qui se retrouvent dans une volonté commune d’inventer un vivre-ensemble qui n’existe pas – plus ?- dans notre société de consommation dominée par des capitalistes toujours plus destructeurs (et pas du tout, en même temps, créateurs, comme ils le prétendent !). Il y a « des écologistes anti-nucléaires, des nihilistes « anti-sytème », des intellectuels autonomes anticapitalistes, des paysans de type Confédération paysanne, des féministes radicales…C’est vraiment une constellation, d’autant plus difficile à dessiner que toute figure emblématique qui résumerait le mouvement est rejetée. » (Geneviève Pruvost, sociologue) Tout le monde s’appelle Camille. Ce qui fait la force du mouvement, c’est sa capacité d’accueillir sans cesse de nouvelles forces dont chacun s’enrichit en apprenant de l’autre, en constituant « un monde d’auto-organisation, un monde où se déploient de nouvelles façons d’habiter le territoire et de se soucier du vivant. » C’est bien cela que nous avons perçu dans ce mouvement, peut-être confusément, nous qui n’y sommes pas impliqués directement, mais qui voudrions que cette expérimentation » d’un nouveau modèle d’existence, auquel nous aspirons, puisse se poursuivre et se développer. Car c’est une expérimentation qui ne résulte pas d’un projet préconçu, mais qui s’invente au fur et à mesure, parfois dans le conflit, toujours dans les différences, dans la volonté de les surmonter et de les dépasser.

1) Un bail dit emphytéotique (renouvelé en 2013 jusqu’en 2083) avait été conclu avec l’État concernant les terres sans propriétaires (6300 ha) désormais gérées par une Société civile des terres du Larzac. Il pourrait y avoir une solution similaire à NDDL: création d’une entité commune rassemblant tous les opposants à l’aéroport. Il en résulterait un usage commun des terres appartenant à l’État. Une Société civile serait chargée de protéger la faune et la flore, de rendre leur terre aux propriétaires expulsés, et de mettre le reste des terres en commun.

Je propose le soutien au projet tel qu’il a été formulé dans le Communiqué commun du mouvement anti-aéroport, dont je donne un extrait :

En ce qui concerne l’avenir de la zad, l’ensemble du mouvement réaffirme dès aujourd’hui :

  • La nécessité pour les paysan-ne-s et habitant-e-s expropriés de pouvoir recouvrer pleinement leurs droits au plus vite.
  • Le refus de toute expulsion de celles et ceux qui sont venus habiter ces dernières années dans le bocage pour le défendre et qui souhaitent continuer à y vivre ainsi qu’à en prendre soin.
  • Une volonté de prise en charge à long terme des terres de la zad par le mouvement dans toute sa diversité – paysans, naturalistes, riverains, associations, anciens et nouveaux habitants.

Pour le mettre en œuvre, nous aurons besoin d’une période de gel de la redistribution institutionnelle des terres. Dans le futur, ce territoire doit pouvoir rester un espace d’expérimentation sociale, environnementale et agricole.

 

Références

– les articles de Reporterre : https://reporterre.net/

– de Zone A Défendre : http://zad.nadir.org

– les articles de Médiapart, de Jade Lindgaard notamment

Rappel : projection du film sur NDDL Les pieds sur terre le 7/02 (20h) à l’Espace des Collines.

Grand rassemblement à NDDL le 10 février. Des bus seront disponibles ou covoiturage.

Pour ceux qui n’y vont pas, des actions, à définir, à mettre en place, à Romans, à Valence.

2 réflexions au sujet de “NDDL après l’abandon du projet d’aéroport

  1. Le documentaire «  les pieds sur terre » sera en effet projeté le mercredi 7 février à l’espace des collines de Saint Donat, à 20h (traditionnellement précédé d’une bonne soupe partagée et grignotages, à 19h30) et suivi d’un débat animé par Jacques.
    Important pour comprendre ce qui se passe sur la Zad et contrer les bobards, propagés par certains médias, sur les gens qui militent là bas…
    Ce serait bien que ce doc soit programmé aussi à Romans ( et St Vallier…) : qui s’en occupe ?
    Jacques a tous les contacts et les bandes annonces…

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