Just’insoumise | n°6 | Où sont les poissons?

Notre forte croissance démographique et nos modes alimentaires ont des conséquences directes sur l’environnement. Dans les océans, la surpêche entraîne une baisse des réserves naturelles et le chalutage ne suffit plus pour débusquer le poisson qui se fait rare…  C’est pourquoi, une méthode révolutionnaire a été mise au point pour débusquer le poisson qui se fait rare : la pêche électrique !

 

 

L’idée vient des Pays-Bas, c’est tout simple : un filet avec des électrodes est tiré par des chalutiers, une décharge est envoyée dans l’eau et paralyse les poissons. Il n’y a plus qu’à se baisser pour les attraper.

 

La pêche électrique : pour ou contre?

 

Inventée en 1992 la pêche électrique a été interdite en Europe dès 1998. Cependant, en 2007, la Commission Européenne distribue des dérogations, à titre “expérimental”, autorisant les pays à équiper jusqu’à 5% de leurs bateaux. Certains Etats, comme les Pays-Bas, dépassent largement le quota puisque 28% de leur flotte en serait pourvue (selon l’ONG BLOOM).

 

Les Pays-Bas ventent les nombreux avantages de cette technique : jusqu’à 50 % d’économie de carburant par rapport au chalutage classique et la diminution de 50% des prises accessoires, animaux capturés involontairement par les filets peu sélectifs des gros bateaux de pêche. Mais, il n’existe pas d’étude, à l’heure actuelle, sur les impacts de la pêche électrique. Pourtant, en 2006,  le Comité Scientifique Technique et Economique de la Pêche (CSTEP) avait adressé un rapport à la Commission Européenne demandant davantage de recherches avant d’attribuer des dérogations, sans succès.

 

Cependant, la pêche électrique ne serait pas aussi inoffensive qu’on voudrait nous le faire croire. En effet, les équipes de l’ONG BLOOM ont observé des marques de blessures physiques sur les poissons : brûlures, ecchymoses, déformations du squelette… De plus, selon Stéphane PINTO, représentant des fileyeurs (type précis de chalutiers), la population des soles aurait également chûtée, passant de 940 tonnes pêchées en 2012 contre 400 tonnes en 2018 dans les Hauts-de-France.

 

Le 25 novembre 2017, la Commission Européenne s’était positionnée pour un élargissement de la méthode. Suite à cela, une coalition informelle regroupant des ONG, dont BLOOM, et des pêcheurs s’est formée pour dénoncer les risques de la pêche électrique. La campagne a également connu une forte mobilisation citoyenne et reçu le soutien de divers regroupements. 200 grands chefs européens ont notamment déclaré dans un manifeste qu’ils n’achèteraient pas ces poissons « d’une qualité déplorable, stressés et souvent marqués d’hématomes consécutifs à l’électrocution. Les poissons sont de si mauvaise qualité qu’on ne peut rien en faire”. La grande distribution s’est aussi exprimée contre ce mode pêche, le groupe Intermarché a même choisi d’arrêter de vendre les poissons issus de la pêche électrique.

 

Le 16 janvier, un amendement a été porté au Parlement Européen par Isabelle Thomas (PS), Yannick JADOT (EELV) et Younous OMARJEE (FI). Celui-ci propose d’interdire de manière totale et définitive la pêche électrique en Europe. Amendement qui a remporté un franc succès puisque 402 des 674 eurodéputés ont voté pour !

 

 

Quelles sont les causes de disparitions des poissons?

 

Il y a bien longtemps que les poissons ne sont plus pêchés à la ligne, place à présent à la pêche industrielle ! D’énormes filets, tirés par les chalutiers, vident les océans de leurs poissons et rejettent environ 30 millions de tonnes de prises accessoires par an ! Ne trouvant plus de poissons à proximité de la surface, les filets avaient tendance à s’éloigner de plus en plus de la surface… Grâce aux ONG, depuis le 12 janvier 2017, un nouveau règlement est entré en vigueur interdisant le chalutage à plus de 800 mètres de profondeur.

 

 

La surpêche n’est pas la seule responsable. En mars 2017, des scientifiques ont publié dans la revue Nature une étude montrant que le changement climatique pourrait même être encore plus destructeur car le réchauffement des océans ralenti la production des planctons, premier maillon des chaînes alimentaires marines… Les populations de poissons ont baissé de 34% et de 40% pour les grands prédateurs et les mammifères marins par rapport aux années 50.

 

La féminisation des poissons serait un autre facteur à prendre en compte. Les responsables ? Les produits phytosanitaires, le parabène ou encore l’éthinylestradiol. Il s’agit de l’hormone de synthèse présente dans la majorité des pilules contraceptives et présente aujourd’hui dans l’ensemble des rivières et même dans l’eau du robinet… En 2013, dans leur rapport adressé à l’Agence Européenne pour l’Environnement, Susan JOBLING (Université de Brunel, Londres) et Richard OWEN (Université d’Exeter) ont montré que cette perturbation ne s’arrêtait pas aux poissons, mais touchait également leurs prédateurs, dont l’espèce humaine (baisse de la fertilité masculine, malformations congénitales chez les jeunes garçons…). Pour l’instant, l’élimination de l’éthinylestradiol n’est pas encore au point, le rendement ne serait que de 30 à 70%.

 

« Des stocks importants pour l’UE, comme la baudroie rousse, le merlan bleu et le rouget sont pêchés dans certaines régions plus de 10 fois plus que ce qui est considéré comme durable. Le merlu de Méditerranée connaît une surexploitation critique et aujourd’hui jamais enregistrées jusque-là : la pression de pêche est jusqu’à 14 fois supérieure à ce que l’espèce peut supporter durablement dans le Golfe du Lion ». ONG OCEANA

 

Comment consommer de manière durable ?

 

Chaque année, ce sont 148 millions de tonnes de poissons qui sont pêchées. La moyenne mondiale étant de 20kg. Les européens en sont particulièrement friands puisque les portugais consomment 57kg par an, les espagnols 42kg et les français 35kg. Pour lutter contre la surpêche des solutions sont possibles. En premier lieu, diminuer sa consommation de poisson, choisir des espèces non-menacées et préférer les poissons au début de la chaîne alimentaire plutôt que les prédateurs. Pour aider les consommateurs, WWF a créé un consoguide L’Océan dans votre assiette. De nombreuses espèces de poissons sont présentées et un code couleur indique si l’espèce est menacée ou non.

 

Des écolabels existent également. Le plus connu, MSC (Marine Stewardship Council), est un label privé indépendant certifiant les pêcheries respectant les stocks de poissons et l’écosystème (8% des captures mondiales). Depuis  janvier 2017, un label français a été mis en place « Pêche Durable ». Les critères varient selon s’il s’agit de pêcheries (bonnes conditions de travail, usages modérées des énergies fossiles, traçabilité…), mais aussi les opérateurs de la chaîne de commercialisation (produits issus de fournisseurs certifiés, produits frais et de qualité, traçabilité).

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus :

 

Victoire contre la pêche électrique
https://www.bloomassociation.org/victoire-parlement-europeen-se-prononce-interdiction-definitive-de-peche-electrique

 

Inconvénients de la pêche électrique
http://www.europe1.fr/societe/peche-electrique-cest-quoi-le-probleme-3546455

 

L’avis des pêcheurs sur la pêche électronique
https://reporterre.net/Les-pecheurs-parlent-La-peche-electrique-ce-n-est-plus-de-la-peche-c-est-de-la

 

Protection des fonds marins contre le chalutage en eaux profondes
https://reporterre.net/L-interdiction-du-chalutage-profond-entre-en-vigueur

 

Changement climatique et baisse des populations de poissons
https://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/en-mediterranee-le-changement-climatique-est-plus-nocif-que-la-peche_2120659.html

 

Impact de la pilule sur les poissons (mais pas que)
https://reporterre.net/Risques-pour-la-sante-et-pour-l-environnement-la-pilule-contraceptive-en

 

La surpêche en chiffre
http://www.fishforward.eu/fr/facts-figures

 

La surpêche
http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/01/21/les-poissons-supplicies-en-silence_5244818_3232.html

 

Ecolabels de la pêche

http://guidedesespeces.org/fr/ecolabels

 

 

5 réflexions au sujet de “Just’insoumise | n°6 | Où sont les poissons?

  1. ça y est j’ai pris le temps de les lire tes articles ma fille, ils sont très bien faits et documentés
    j’ai hâte de lire les suivants ce serait formidable de lire un jour que tout va bien mieux, hélas tu as encore du boulot
    en perceptive … Il y a encore beaucoup à dire et à faire circuler, c’est comme ça et grâce à des personnes impliquées
    comme toi que les consciences s’éveilleront que les choses changeront et que notre terre et ses habitants iront mieux
    merci mam

  2. «  tout ce que tu feras sera dérisoire mais il est essentiel que tu le fasses » Gandhi
    Petite phrase piquée sur le site «  transition collective du valentinois », qui m’a beaucoup plu !
    Et en effet, Sophie, ta fille contribue à la prise de conscience de tous, y compris de la nôtre…

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