Just’insoumise | n°7 | Une huile pas si miraculeuse

Les produits transformés qui inondent les rayons des grande surfaces sont nombreux à posséder un ingrédient très spécial dans leur composition : l’huile de palme. Parmi eux, la célèbre pâte à tartiner Nutella. Pourtant, entre ses effets sur la déforestation, les populations locales et la santé, l’huile de palme a bien mauvaise presse.

Dans les années 2000, les effets nocifs sur la santé des huiles hydrogénées sont particulièrement médiatisés : l’industrie agroalimentaire décide donc de se tourner vers l’huile de palme, une matière grasse végétale essentiellement produite en Indonésie et en Malaisie qui n’a pas besoin d’hydrogénation.

Certaines huiles végétales, comme celles de colza ou de soja sont sensibles à la lumière, la chaleur ou l’oxydation, ce qui entraîne un rancissement des graisses. L’hydrogénation permet de les stabiliser et ainsi de conserver les huiles plus longtemps. Problème, les acides gras poly-insaturés (AGPI) présents se transforment en acides gras saturés (AGS) qui augmentent les risques de maladies cardiovasculaires.

Chaque année, 50 millions de tonnes d’huile de palme sont produites, soit 35% de la production mondiale toutes huiles végétales confondues ! Les débouchés sont : l’industrie agroalimentaire (80%), la fabrication de cosmétiques (19%) et les agro-carburants (1%). Les trois plus gros consommateurs sont : la Chine, l’Inde et l’Europe.

Pourquoi cette huile plutôt qu’une autre?

    L’huile de palme a des qualités indéniables : un goût neutre, une très bonne résistance à l’oxydation, ce qui permet une meilleure conservation des produits, une consistance solide qui donne de l’onctuosité aux aliments et une bonne résistance aux températures élevées.

Cerise sur le gâteau : son rendement est excellent : en moyenne 4 tonnes à l’hectare contre 1 tonne pour le tournesol et 0,7 tonne pour le soja et le coût de production jusqu’à 20% moins élevés que pour les autres huiles végétales. Les besoins en main d’oeuvres sont très importants, surtout au moment des récoltes. Heureusement pour l’industrie agroalimentaire, les salaires des indonésiens et malaisiens ne sont guère élevés.

Alors qu’est-ce qui cloche ?

    La déforestation : les surfaces cultivées sont respectivement passées de 0,2 à 8 millions d’hectares en Indonésie et de 0,5 à 5 millions en Malaisie. Malheureusement, ces deux pays abritent 80% des forêts primaires du Sud-Est de l’Asie et le troisième plus grand bassin de forêts équatoriales de la planète. Entre le commerce de bois exotiques et la création des palmeraies, l’Indonésie a perdu 24 millions d’hectare de forêts.

 

NoPalm.org

La réduction des forêts entraîne une diminution des habitats naturels et des ressources alimentaires. En Indonésie, la  biodiversité est particulièrement riche : 10 à 15% des espèces connues y vivent, mais des espèces endémiques, telles que les orangs-outans, les rhinocéros, les éléphants ou encore les tigres, sont en voie de disparition.

 

NoPalm.org

L’implantation de nouvelle palmeraie favorise également le réchauffement climatique. Le défrichage est responsable de l’émission de grandes quantités de gaz à effet de serre. La production d’huile de palme représenterait 0,8 Gt de CO2 par an, soit 2% des émissions de GES produites par l’Homme. Après les Etats-Unis et la Chine, l’Indonésie est le troisième pays émetteur de GES.

Et son impact sur les populations locales?

Pour augmenter les surfaces de production, il faut des terres, beaucoup de terres. Et les entreprises privées ne reculent devant rien pour se les accaparer. Menaces, expulsion et rédaction de faux contrats, tous les moyens sont bons pour augmenter la production. Les populations locales, qui dépendent énormément de la forêt, tant pour leur alimentation, leur médecine ou encore leur spiritualité, doivent se déplacer pour laisser la place aux palmeraies.

Si les habitants souhaitent rester, c’est possible : ils n’ont qu’à travailler dans les parcelles de palmiers ! En plus, les conditions de travail sont idéales : travail des enfants, discrimination, manque de sécurité et salaires de misère. Des équipements de protection individuelle (gants, masques) sont parfois fournies par les compagnies aux salariés, mais ne sont pas remplacés en cas d’usure ou de casse. Et le salaire? 30 000 roupiahs par jour, soit entre 2 et 3 euros.

Humanité et Biodiversité

Et pour la santé ?

Les huiles et autres matières grasses sont composées d’acides gras insaturés (AGI) et d’acides gras saturés (AGS). La surconsommation de ces derniers est considérée comme un problème de santé publique puisqu’elle accroît considérablement les risques d’obésité et de maladies cardio-vasculaires. L’huile de palme est particulièrement riche en AGS puisqu’elle en contient 50%, contre seulement 15,1% pour l’huile d’olive et 11,6% pour l’huile de tournesol. La consommation moyenne par individu oscillerait entre 57 et 312 grammes par mois selon l’équilibre des menus, soit entre 10 et 65% des apports maximums en AGS.

Pour rappel, une tartine de nutella c’est environ 15 à 20 grammes de pâte, soit 4 grammes d’huile de palme et donc 2 grammes d’AGS. Avec seulement 1 tartine tous les matins vous êtes déjà à 10% des apports maximum. Et ces chiffres sont calculés pour la consommation d’un adulte, je vous laisse imaginer pour les enfants.

La filière durable, une solution ?

En 2004, afin de développer une filière durable, des producteurs d’huile de palme, des acteurs de l’industrie agroalimentaire, des banques et des ONG se sont regroupés pour former la RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil) et la certification CSPO (Certified Sustainable Palm Oil). Cependant, des ONG comme Les Amis de la Terre et Greenpeace ont dénoncé les mauvaises pratiques environnementales et sociétales de certains membres. Sous cette pression, la RSPO a ajouté en 2013 de nouveaux critères visant à réduire l’émission de GES, la lutte contre la corruption et l’interdiction du travail forcé.

Des systèmes de certifications ont été mis au point par les deux principaux pays producteurs : l’ISPO (Indonesian Sustainable Palm Oil) et le MSPO (Malaysian Sustainable Palm Oil). Le premier, bien que juridiquement exigeant et obligatoire, ne prend pas pas en compte la déforestation. De plus, l’Indonésie fait partie (152e sur 212) des pays où la corruption est particulièrement élevée. Le MSPO, quand à lui, relève du volontariat et ses critères ne sont pas plus poussés que ceux de la RSPO. Pour l’heure, la certification CSPO offre les meilleures garanties et 8,3 millions de tonnes d’huile de palme, soit environ 15% de la production mondiale, sont certifiées.

Et à mon échelle, que puis-je faire?

En Suisse, depuis 2016, les entreprises sont obligées d’indiquer dans la composition si les produits contiennent de l’huile de palme. En France aussi les industriels devraient mentionner la présence ou non d’huile de palme, mais beaucoup se contentent d’indiquer : “huile végétale” ou “graisse végétale”. Pour limiter sa consommation d’huile de palme, il faut être vigilant et regarder attentivement les listes des ingrédients des aliments. Des alternatives existent. Pour rester dans l’exemple de la pâte à tartiner, voici quelques marques qui ont choisi de se passer de l’huile de palme : Chocobella (testée et approuvée !), Nocciolata (idem), Jardin BIO’ …

Pour conclure, l’huile de palme n’est pas seulement présente dans les produits alimentaires. On la trouve également dans les cosmétiques et les agrocarburants. Le 17 janvier 2018, les eurodéputés ont voté l’exclusion de l’utilisation de l’huile de palme dans les biocarburants dès 2021, mais ça, c’est une autre histoire.

 

Liste non-exhaustive des pétitions en cours contre l’huile de palme

 

En savoir plus

 

Etude sur l’huile de palme

http://www.mirova.com/Content/Documents/Mirova/publications/VF/Etudes/MIROVA_ETUDE_HuiledePalme_vf.pdf

L’huile de palme en chiffre

https://www.greenpeace.fr/huile-de-palme

L’huile de palme, acteur de la déforestation

https://reporterre.net/L-huile-de-palme-reste-un-agent

L’huile de palme, en quoi est-ce un sujet qui fait polémique?

http://tpehuiledepalme.e-monsite.com/pages/les-inconvenients-des-consequences/et-des-problemes-sociaux.html

L’huile de palme et le réchauffement climatique

http://information.tv5monde.com/info/l-huile-de-palme-alimente-t-elle-le-rechauffement-climatique-43474

Derrière quels noms se cache l’huile de palme?

http://vivresanshuiledepalme.blogspot.fr/p/lhuile-de-palme-se-cache-sous-ces-noms.html

Pâtes à tartiner sans huile de palme

http://www.bioalaune.com/fr/actualite-bio/30375/10-pates-tartiner-bio-meilleures-nutella

 

 

1 réflexion au sujet de “Just’insoumise | n°7 | Une huile pas si miraculeuse

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.