Just’insoumise | n°8 | To bee or not to bee

Depuis plus de cinquante ans, le taux de mortalité augmente de manière dramatique dans les ruchers, on parle de syndrome d’effondrement des colonies. Et le phénomène a tendance à s’accélérer : ces dix dernières années 30 à 40% des colonies ont disparu en Europe.

 

 

Les abeilles ne se contentent pas de produire du miel, de la gelée royale, de la cire ou du pollen, elles sont aussi à l’origine de la pollinisation ! Depuis plus de 65 millions d’années, et avec l’aide d’autres insectes pollinisateurs, tels que les syrphes ou les bourdons, elles assurent 70% de la pollinisation, que ce soit pour les fleurs ou les cultures dont nous dépendons directement pour notre alimentation !

 

Pourquoi disparaissent-elles?

 

Les causes de disparition sont multiples. Bien évidemment, les produits phytosanitaires ne sont pas étrangers à ce phénomène, les plus dangereux étant les néonicotinoïdes, des insecticides neurotoxiques. Les plus célèbres sont : le Gaucho®, le Cruiser® ou encore le Poncho®. Outre leur redoutable efficacité, ces pesticides ont une autre qualité : ils sont systémiques, c’est-à-dire que la produit circule dans la plante, dans les racines, les feuilles, le pollen ou le nectar. Quand les néonicotinoïdes ne les tuent pas, ils affectent le sens de l’orientation ou la capacité de reproduction des abeilles.

 

Le 28 février dernier, l’Agence Européenne pour la Sécurité des Aliments (EFSA) a confirmé dans son dernier rapport le danger de trois matières actives (clothianidine, imidaclopride et thiaméthoxame). A ce stade, l’Europe envisage d’interdire les traitements en extérieur des insecticides composées d’une de ces trois molécules, un comité devrait se réunir les 22 et 23 mars. En France cependant, l’utilisation des néonicotinoïdes devrait être totalement interdite en 2020.

 

L’impact des néonicotinoïdes sur les abeilles a déjà été reconnu par plusieurs études, mais d’autres êtres-vivants seraient également touchés (invertébrés terrestres et aquatiques, oiseaux, poissons, amphibiens). Pas de panique cependant pour les grandes firmes de l’agrochimie (BASF, Bayer, Monsanto, Syngenta…) : le marché des néonicotinoïdes se porte très bien puisqu’il représente 40% des ventes des insecticides au niveau mondial.

 

 

« Le catalogue des produits phytopharmaceutiques dénombre aujourd’hui 5 000 produits commerciaux dont l’utilisation selon des méthodes non autorisées est susceptible de provoquer des dommages irréversibles sur les colonies d’abeilles » Rapport ANSES 2008.

 

Les pesticides ne sont pas la seule cause de mortalité, les essaims souffrent d’un manque de nourriture. A qui la faute? A l’agriculture intensive qui préfèrent les monocultures au détriment de la biodiversité. Certains jardiniers amateurs peuvent aussi être responsables lorsqu’ils utilisent des produits phytosanitaires dans leur potager ou qu’ils éliminent les “mauvaises herbes” (ronces, fleurs sauvages, pissenlits, orties…) pourtant mellifères au profit de gazon ou de fleurs ornementales produisant peu ou pas de nectar.

 

D’autres facteurs entre également en compte, tels que la mondialisation. Le développement des échanges avec d’autres pays apportent son lot de désagrément, notamment l’importation de nouveaux prédateurs. Déjà dans les années 80, le varroa, un acarien, avait été importé d’Asie, plus récemment, c’est un frelon (Vespa velutina) qui a fait le voyage et qui participe activement à la mortalité des ruches. De plus, des espèces exotiques de tilleuls argentés (Tilia oliveri, Tilia euchlora, Tilia tomentosa et Tilia dasystila) ont été implantées dans des espaces verts, mais sont pourtant reconnues comme toxiques pour les insectes pollinisateurs.  Certains départements, comme l’Aveyron, font en sorte de limiter la propagation de ces variétés et préfèrent utiliser des variétés d’arbres endémiques.

 

Les abeilles sont également fragilisées par leur domestication : l’espèce la plus répandues (Apis mellifera) a été sélectionné pour sa productivité, mais elle est bien moins adaptée à son environnement et plus sensible aux maladies. Enfin, la transhumance accentue cette fragilité, les essaims étant constamment déplacés, ils ne parviennent pas à s’adapter à leur environnement.

 

 

“Aujourd’hui, le taux de mortalité dans les ruches est d’environ 40% alors que dans les années 1990, il n’était que de 5%”. Vincent MICHAUD, Président du Syndicat Français des Miels

 

 

Quelles sont les solutions?

 

La disparition des abeilles aurait quand même un avantage de taille : du travail pour tous ! Dans certaines régions du monde, notamment en Chine dans le province du Sichuan, les pollinisateurs ont déserté pour fuir la pollution et les produits phytosanitaires. Afin d’assurer la production de fruits, les agriculteurs locaux n’ont d’autre choix que d’effectuer eux-mêmes, à la main, la pollinisation des arbres fruitiers. Solutions idéale pour réduire le chômage, mais l’addition est salée pour les agriculteurs.

 

“Femmes abeille” en pleine pollinisation. © Kevin Frayer/Getty Images

 

Une autre solution pointe le bout de son nez, inventive, mais coûteuse : la pollinisation par drône. Des scientifiques de l’Institut national japonais de science industrielle avancée de recherches technologiques sur les nanomatériaux (AIST) ont mis au point un robot télécommandé pour remplacer les abeilles disparues.

 

Sinon, on pourrait simplement retirer de la vente les produits phytosanitaires reconnus pour leurs impacts nocifs sur les insectes pollinisateurs. Retrouver une agriculture proche de la nature, avec des haies, qui permettent à la biodiversité de s’épanouir, et des parcelles diversifiées, à la place des champs de monoculture.

 

Chaque citoyen peut agir à son niveau agir, notamment en préférant les produits de traitements autorisés en agriculture biologique à la place des pesticides de synthèse dans les potagers. Il faudrait également autoriser quelques “mauvaises herbes” à pousser ou mettre des fleurs mellifères (GV) dans les espaces verts ou chez les particuliers (balcons, massifs…). Vous pouvez aussi; si vous le souhaitez parrainer une ruche, en plus de participer à leur protection, vous recevrez des pots de miel !

 

 

 

En savoir plus sur

 

L’importance des abeilles
https://www.picbleu.fr/page/le-role-des-abeilles-un-maillon-indispensable

 

Mortalité des abeilles en Europe
https://www.notre-planete.info/actualites/4019-mortalite-abeilles-Europe

 

Comprendre les néonicotinoïdes
http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2016/05/10/tout-comprendre-aux-pesticides-neonicotinoides_4916480_1652692.html

 

L’EFSA confirme le danger des néonicotinoïdes pour les abeilles
http://www.lemonde.fr/planete/article/2018/02/28/neonicotinoides-une-agence-de-l-ue-confirme-le-risque-pour-les-abeilles_5263669_3244.html

 

Pollinisation manuelle en Chine
http://www.bioalaune.com/fr/actualite-bio/11595/chine-des-paysans-pollinisent-main-car-abeilles-ont-disparu

 

Pollinisation par drone
https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/des-mini-drones-pollinisateurs-a-la-rescousse-des-abeilles_110479

 

Parainer une ruche
https://www.untoitpourlesabeilles.fr

 

 

 

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