Histoire de Chants | N°8 | L’internationale

L’Internationale est un chant révolutionnaire dont les paroles furent écrites par Eugène POTTIER en 1871 lors de la répression de la Commune de Paris, sous forme d’un poème à la gloire de l’Internationale ouvrière, et dont la musique fut composée par Pierre DEGEYTER en 1881.

Eugène POTTIER

 

La version russe d’Arkady YAKOVLEVICH KOTS a servi d’hymne national à la République socialiste fédérative soviétique de Russie, puis à l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) de sa création en 1922 jusqu’en 1944.

 

Le poème

À l’origine, il s’agit d’un poème à la gloire de l’Internationale ouvrière, écrit par le chansonnier, poète et goguettier Eugène POTTIER en juin 1871, en pleine répression de la Commune de Paris. L’histoire de ce poème et de son auteur est liée à celle des goguettes. En 1883, Eugène Pottier présente une chanson au concours de la goguette de la Lice chansonnière et remporte la médaille d’argent. Il retrouve à cette occasion le chansonnier Gustave NADAUD qu’il a croisé en 1848 et à qui il avait alors fait une forte impression. Grâce à ces retrouvailles, une cinquantaine de chansons de Pottier est publiée pour la première fois en 1884 et sauvée de l’oubli par NADAUD qui admire beaucoup son talent poétique tout en étant très loin de partager ses opinions politiques.

 

Gustave NADAUD

                 

L’initiative de NADAUD incite les amis politiques de POTTIER à publier en 1887 ses Chants révolutionnaires avec une préface de Henri ROCHEFORT. Au nombre de ceux-ci figure L’Internationale. Sans la Lice chansonnière et NADAUD, ce chant révolutionnaire célèbre et les autres œuvres de POTTIER seraient aujourd’hui oubliées.

L’Internationale est dédiée à l’instituteur anarchiste Gustave LEFRANÇAIS.

L’historien Robert BRECY indique : « Sans doute POTTIER, comme le font la plupart des poètes chansonniers, avait écrit ses paroles avec un timbre en tête (probablement La Marseillaise, qui a la même coupe), mais il ne l’a pas précisé ».

En 1888, un an après la première édition imprimée des paroles, la chorale lilloise du Parti ouvrier, demande à un de ses membres, Pierre DEGEYTER, de composer une musique originale pour L’Internationale. Le 23 juillet 1888, pour la première fois, la chorale de la Lyre des Travailleurs, réunie dans l’estaminet La Liberté rue de la Vignette à Lille, dans le quartier populaire Saint-Sauveur, interprète le chant de l’Internationale sur l’air nouveau de DEGEYTER. Sa partition est publiée en 1889.

Les quatre premières mesures (thème et harmonies) sont sans doute extraites, vu leurs absolues similitudes, du final de l’opérette Les Bavards d’Offenbach. Celle-ci avait été créée avec un très grand succès populaire au théâtre des Bouffes Parisiens en 1863.

 

 

Le succès

À partir de 1904, L’Internationale, après avoir été utilisée pour le congrès d’Amsterdam de la IIe Internationale, devient l’hymne des travailleurs révolutionnaires qui veulent que le monde « change de base », le chant traditionnel le plus célèbre du mouvement ouvrier.

Traduite dans de très nombreuses langues, L’Internationale est le chant symbole des luttes sociales à travers le monde. Elle est chantée par les socialistes (au sens premier du terme), les anarchistes, les communistes mais aussi certains membres des partis dits socialistes ou sociaux-démocrates et bien sûr par des syndicats de gauche, ainsi que dans des manifestations populaires. Ce fut même l’hymne de ralliement de la révolte des étudiants et des travailleurs sur la place Tian’anmen en 1989.

Dans de nombreux pays d’Europe, ce chant a été illégal durant des années du fait de son image communiste et anarchiste et des idées révolutionnaires dont il faisait l’apologie. Plus tard, certains groupes anarchistes ont utilisé plus volontiers l’adaptation intitulée L’Internationale noire.

En France, le Parti socialiste remplace L’Internationale par son propre hymne lors des fins de congrès à partir de celui de Valence en 1981 ; elle est réintroduite lors du congrès de Lille de 1987.

 

Interprètes

 

L’Internationale a été interprétée, entre autres, par :

 

 

L’Internationale

Debout ! les damnés de la terre
Debout ! les forçats de la faim
La raison tonne en son cratère :
C’est l’éruption de la fin
Du passé faisons table rase
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !

Refrain
C’est la lutte finale
Groupons nous et demain
L’Internationale
Sera le genre humain.

Il n’est pas de sauveurs suprêmes :
Ni dieu, ni césar, ni tribun,
Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer quand il est chaud !

Refrain

L’Etat opprime et la loi triche ;
L’Impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s’impose au riche ;
Le droit du pauvre est un mot creux.
C’est assez languir en tutelle,
L’égalité veut d’autres lois ;
« Pas de droits sans devoirs, dit-elle,
« Egaux, pas de devoirs sans droits ! »

Refrain

Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail
Ont-ils jamais fait autre chose
Que dévaliser le travail ?
Dans les coffres-forts de la bande
Ce qu’il a créé s’est fondu.
En décrétant qu’on le lui rende
Le peuple ne veut que son dû.

Refrain

Les Rois nous saoulaient de fumées.
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
A faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.

Refrain

Ouvriers, Paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs ;
La terre n’appartient qu’aux hommes,
Le riche ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent !
Mais si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins disparaissent,
Le soleil brillera toujours.

 

Proposé par Luc

 

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