Just’insoumise | n°9 | Au royaume de la malbouffe

Combien de  temps consacrons-nous chaque jour à notre alimentation, pas seulement l’acte de se nourrir, mais aussi le temps passé à choisir ses aliments et à élaborer les repas ? Une étude de l’INSEE montre qu’entre 1986 et 2010, le temps de préparation est passé de 71 à 53 minutes par jour. Le rapport indique également que les français consomment davantage de plats transformés. Ceux-ci contiennent souvent de nombreux additifs alimentaires (épaississants, colorants, conservateurs, exhausteurs, émulsifiants…) au détriment des produits frais.

 

Le 20 février 2018, le groupe parlementaire de la France Insoumise a usé de son “droit de tirage” pour demander la création d’une commission d’enquête : “l’alimentation industrielle : qualité nutritionnelle, rôle dans l’émergence de pathologies chroniques, impact social et environnemental de leur provenance”.

La malbouffe est une manière de s’alimenter rapidement, à un coût abordable et sans contrainte. Elle est cependant soupçonnée d’avoir des effets sur la santé (obésité, diabète, maladies cardiovasculaires). En cause? Le sucre, le sel et les matières grasses utilisés à tout va tandis que les fibres, les vitamines et autres nutriments sont laissés pour compte.

 

Les conséquences de l’empire

 

Le règne de la malbouffe commence dans les années 60. A cette époque, les prix des fruits et des légumes sont en hausse, tandis que ceux des plats cuisinés diminuent grâce à l’industrie agroalimentaire. Dans le même temps, des restaurants de type “Fast Food” se développent aux États-Unis, puis se propagent sur le reste de la planète. Ils atteignent la France en 1972. La restauration rapide est aujourd’hui omniprésente, que ce soit des pizzerias, kebab, McDonald®, KFC®, Quick®… ou les plats transformés qui envahissent les rayons des grandes surfaces. Parallèlement, une nouvelle épidémie apparaît : l’obésité.

 

 

En 2016, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a enregistré 650 millions d’adultes obèses. Les pays les plus touchés sont : les Etats-Unis (31% de la population), le Mexique (24%) et l’Angleterre (23%). La France n’est pas épargnée puisqu’en 2017 6,5 millions de français étaient concernés.

 

Les personnes en surpoids ou obèses ont dû mal à réguler leur taux de glycémie et voient leurs probabilités de devenir diabétique (type 2) augmentées. Selon les cas, soit le pancréas ne parvient pas à produire suffisamment d’insuline pour réguler le taux du sucre dans l’organisme (insulinopénie), soit l’insuline est produite mais fonctionne mal (insulinorésistance). Jusqu’à maintenant, les individus touchés avaient généralement plus d’une quarantaine d’années, mais depuis peu, des jeunes adultes et même des adolescents sont aussi concernés.

 

De plus, les personnes ayant un IMC élevé voient leurs taux d’hormones (leptine, insuline, hormones sexuelles), en partie, responsable de la cancérogénèse augmenter. Les cancers induits par le surpoids et l’obésité sont principalement digestifs ou hormono-dépendants (oesophage, estomac, pancréas, côlon, rectum, rein…). D’autres troubles existent : lors de la grossesse (20% de risques de fausses couches précoces chez les mères obèses), les règles (anovulation, dérèglement du cycle menstruel) et l’hypertension artérielle (hausse des AVC et infarctus du myocarde).

 

Cependant, la NASH (Stéatose hépatique non alcoolique), aussi appelée Maladie du Soda ou Maladie du foie gras humain est la pandémie du moment. Dans son livre, NASH, la maladie de la malbouffe, le Dr. Dominique LANNES, hépatologue et gastro-entérologue, explique que la maladie est due à une alimentation trop riche et un manque d’activité physique. Elle engendre des risques de fibrose, cirrhose et cancer du foie. Déjà 6 millions de personnes sont touchées aux États-Unis, dont 600 000 au stade cirrhose. En France, 10% de la population serait susceptible de développer cette maladie. Il est actuellement, difficile de la détecter car elle est indolore et invisible. Lorsque les premiers symptômes apparaissent, le patient est déjà à un stade avancé et il n’existe, pour l’instant, pas de traitement, mise à part une greffe du foie.

 

Enfin, en plus des maladies engendrées et des désagréments physiques (problèmes rhumatologiques, veineux, épidermiques…), les personnes obèses souffrent de discrimination. Selon Jean-François AMADIEU, directeur de l’Observatoire des Discriminations, elles auraient deux fois moins de probabilité d’obtenir un travail et leurs salaires seraient inférieurs. Ces rejets entraînent une baisse de l’estime de soi et des dépressions.

 

 

Dès 1997, l’OMS reconnaît l’obésité comme une maladie à part entière. Elle est responsable chaque année de la mort de 2,8 millions de personnes. Il ne s’agit pas uniquement de troubles physiques (diabète, hypertension), mais aussi psychologiques (dépression) et sociaux (discrimination).

 

Vers un déclin de la malbouffe ?

 

En 2001, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail (ANSES) a mis en place le Programme National Nutrition Santé (PNNS) afin d’améliorer la santé des citoyens en prônant une alimentation saine et une activité physique.

 

Afin d’aider les consommateurs à acheter en pleine conscience des aliments en fonction de leur qualité nutritionnelle, le PNNS a mis en place le Nutri-Score. Il s’agit d’un logo qui peut être apposé sur les emballages de tous les produits transformés (hors café, thé, herbes aromatiques…). Il est calculé selon les nutriments à favoriser (fibres, protéines, fruits, légumes) et à limiter (sucre, sel, matières grasses) pour 100 grammes. Malheureusement, le logo n’est pas obligatoire, seules quelques entreprises volontaires (Auchan, Fleury Michon, Intermarché ou encore Danone) se sont engagées à mettre le logo sur leurs produits.

 

http://www.mangerbouger.fr

 

En 2017, une application pour smartphone a également été mise au point : Yuka. Il suffit de scanner le code barre d’un produit pour connaître immédiatement son impact sur la santé. Le calcul est basé selon les qualités nutritionnelles, les additifs présents et la présence ou non d’un label bio.

 

 

Enfin, la taxe malbouffe sur les aliments trop riches (soda, bonbon, biscuits apéritifs…) a été testée par la Hongrie en 2011, puis le Mexique en 2013. Elle peut être payée par les consommateurs ou par l’industrie agroalimentaire. Les prix sont moins attractifs et les consommateurs se réoriente vers des produits plus sains et moins chers. D’après l’OMS, la consommation des produits taxés a diminué de 7% !

 

 

 

En savoir plus :

 

Demande d’une commission d’enquête sur la malbouffe par LFI
https://www.huffingtonpost.fr/2018/02/20/les-deputes-de-la-france-insoumise-demandent-une-commission-denquete-sur-la-malbouffe_a_23366421/

 

Impact de la malbouffe sur la santé
https://www.marianne.net/societe/la-malbouffe-nous-rend-plus-malades-que-l-alcool-et-le-tabac-reunis

 

La maladie du Soda ou NASH
https://positivr.fr/docteur-dominique-lannes-medecine-malbouffe-maladie-soda-nash/

 

Le business du sucre (DATA GUEULE)
https://www.youtube.com/watch?v=b_xF9Ak7TMs

 

L’application Yuka
https://yuka.io/

 

 

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